A LA UNEAFRIQUEANNONCESBéninCOMMUNIQUEECONOMIEPOLITIQUESOCIETE

Bénin et la monnaie unique ECO : Quel avenir pour l’économie béninoise ?

Nouvelle monnaie unique

La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest réaffirme avec conviction son engagement à lancer sa monnaie unique, l’ECO, à l’horizon 2027. À l’issue d’une réunion stratégique du Conseil de convergence macroéconomique, les ministres des Finances et les gouverneurs des banques centrales de la région ont convenu d’accélérer la mise en œuvre de la feuille de route. Malgré les chocs économiques successifs et les tensions politiques régionales, le cap officiel reste maintenu. Le Conseil a insisté sur la nécessité pour chaque État membre de respecter strictement les critères requis afin d’assurer la stabilité et la crédibilité de la future devise. Pour prétendre intégrer la zone ECO dès son lancement, les pays doivent satisfaire à des exigences financières et économiques rigoureuses, notamment maintenir un déficit budgétaire sous la barre des trois pour cent du PIB, stabiliser leur taux d’inflation annuel en dessous de dix pour cent, garantir un niveau de dette publique soutenable ne dépassant pas soixante-dix pour cent du PIB et conserver des réserves brutes de devises capables de couvrir au moins trois mois d’importations.

Cependant, au-delà des déclarations diplomatiques, ce calendrier ambitieux se heurte à des fractures structurelles d’une grande complexité. La création de l’ECO, appelée à remplacer le Franc CFA ainsi que les différentes monnaies nationales de la région, repose sur une équation économique et politique délicate qui conditionne directement l’avenir des économies locales, à commencer par celle du Bénin. Le premier obstacle réside dans le poids écrasant du géant nigérian, qui représente à lui seul plus de soixante pour cent du produit intérieur brut de l’espace régional. Le Nigéria est un exportateur net de pétrole brut commercialisant sa production en dollars américains, tandis que la plupart de ses voisins, dont le Bénin, sont des importateurs nets de produits pétroliers et des exportateurs d’agronomie. Cette différence fondamentale crée des besoins monétaires opposés. Lorsque les cours mondiaux du brut grimpent, le Nigéria engrange d’importantes recettes, alors que les pays acheteurs voient leurs factures d’importation s’alourdir, pesant immédiatement sur leurs finances publiques et sur le pouvoir d’achat des ménages.

À cette asymétrie s’ajoute le débat technique sur le régime de change. Alors que les pays de l’UEMOA sont habitués à la stabilité d’une parité fixe historiquement ancrée sur l’Euro, le Nigéria et le Ghana préconisent un régime de change flexible et flottant pour amortir les chocs extérieurs. La question de la valeur future de la monnaie reste entière : si une parité fixe équivaudrait théoriquement à un basculement à équivalence du Franc CFA, un régime flottant exposerait la nouvelle devise aux fluctuations quotidiennes des marchés mondiaux. Sur le terrain géopolitique, les incertitudes se sont également accentuées avec la création de l’Alliance des États du Sahel et l’annonce du retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la CEDEAO. Bien que ces nations demeurent pour l’instant ancrées dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine et continuent d’utiliser le Franc CFA, leur rupture avec le bloc régional complique la mise en place d’une gouvernance monétaire unifiée. Pour un pays comme le Bénin, positionné comme un carrefour stratégique de transit maritime et commercial grâce au port autonome de Cotonou, ces mutations ont des répercussions directes sur les flux de marchandises et la stabilité des échanges frontaliers.

Pour l’économie béninoise, l’enjeu de cette transition est donc crucial. Reconnue pour sa rigueur budgétaire et la gestion maîtrisée de sa dette publique, la nation béninoise bénéficie actuellement d’une grande prévisibilité monétaire. Adopter l’ECO dans un ensemble comprenant des partenaires à forte volatilité représente à la fois un risque d’instabilité importée et une opportunité majeure d’éliminer les frais de change avec l’immense marché nigérian. C’est pourquoi le Conseil de convergence prévoit des sessions de suivi rapprochées pour accompagner les États. Tant que la neutralisation de toute tutelle extérieure et la mise en place d’une banque centrale fédérale indépendante ne seront pas pleinement concrétisées, la transition vers l’ECO demeurera un grand chantier régional suspendu aux réalités économiques de chaque nation.

Marie-Immaculée VODOUNS

Articles Liés

Promotion du genre et leadership féminin au Bénin : Mme Talata exhorte les jeunes filles à l’excellence

À l’occasion de la célébration de la Journée internationale de la fille...

 Conseil consultatif des droits de l’homme de l’ONU : Inès Hadonou-Toffoun élue membre

La diplomatie du savoir et de l’expertise béninoise franchit une nouvelle étape...