Nommé Premier Ministre le 25 mai 2026, Ahmadou Al Aminou Lo a présenté le mardi 8 septembre, sa Déclaration de politique générale (DPG) à l’Assemblée nationale. À l’approche de cet exercice régalien, la menace d’une « motion de censure » a fait monter la tension dans le milieu politique et même dans l’opinion publique sénégalaise . Nos confrères de Wal fadjri ont décrypté cette option agitée par plusieurs responsables du PASTEF (Parti majoritaire à l’Assemblée nationale) contre le gouvernement.
Selon le quotidien du Groupe de presse de Front de terre, « faire tomber le gouvernement est une simple formalité pour PASTEF », qui compte 130 Députés sur 165. Si des militants voient dans cette démarche « un acte symbolique de souveraineté » face à la hausse des prix et aux coupures d’électricité, elle permettrait surtout de prouver que la majorité détient « un pouvoir de vie et de mort » sur le gouvernement.
Mais nos confrères de Wal fadjri estiment qu’un tel vote resterait « sans effet sur la marche de l’État ». Un responsable du Parti, sous couvert d’anonymat, doute d’ailleurs de son utilité : « À quoi bon ? Pourquoi tirer sur une ambulance ? », s’interroge-t-i dans les colonnes de ce journal. Un autre responsable politique sous couvert de l’anonymat, affirme que si le gouvernement venait à chuter, le Président de la République aurait « la possibilité de reconduire le Premier Ministre Ahmadou Al Aminou Lo dans la minute qui suit » avant de trouver un « motif de dissoudre l’Assemblée nationale ».
Pourquoi les Députés de PASTEF n’ont pas mis à exécution leur menace de motion de censure ?
D’emblée, il faut dire que la Déclaration de Politique Générale (DPG) du Premier Ministre, Ahmadou Al Aminou Lo, aura été un coup de maître en matière de stratégie de négociation et de gestion des rapports de force institutionnels. Alors que la majorité parlementaire de PASTEF agitait depuis plusieurs jours la menace d’une motion de censure pour renverser le gouvernement, le grand oral du Premier Ministre s’est conclu sans qu’une telle menace ne soit mis à exécution.
Qu’est ce qui peut bien expliquer ce revirement stratégique et politique alors que le chef du gouvernement n’a pas hésité et ce, maintes fois , à bousculer et provoquer les parlementaires ? D’abord, face à un pouvoir législatif hostile, le Premier Ministre a fait le choix du courage assumé. Au lieu d’une posture défensive ou d’évitement, il a courageusement choisi des moments sensibles pour provoquer la majorité parlementaire, poussant ainsi ses détracteurs au pied du mur pour voir s’ils oseraient passer de leurs menaces verbales aux actes.
Dans le cadre d’un bon leadership, assumer le conflit de manière frontale permet souvent de redéfinir les règles du jeu. En montrant qu’il n’avait pas peur d’une dissolution potentielle ou d’un blocage institutionnel, le Premier Ministre a inversé la pression psychologique et forcé ses vis à vis à évaluer le coût réel d’une guerre ouverte.
Le Premier Ministre a subtilement renvoyé la majorité parlementaire à ses propres contradictions en rappelant que son texte s’inspire directement du programme « Diomaye Président », ce même référentiel qui avait été repris par l’ancien Premier Ministre Ousmane Sonko. En lançant cette formule fétiche, il a rappelé qu’on ne peut pas se dédire face à son propre projet. Poussant le bouchon plus loin, il a imposé un recadrage temporel implacable face à l’impatience des Députés, en martelant que ce que son prédécesseur n’a pas réussi à accomplir en 24 mois, la majorité ne pouvait décemment pas le lui imposer en seulement trois mois.
Par calcul politique bien millimétré, les Députés de PASTEF ont finalement renoncé à la motion de censure. Ce n’est pas du tout par une quelconque bienveillance, mais par calcul stratégique. Déposer une motion de censure dans ce contexte précis présentait de gros risques entre autres :
* Renverser un gouvernement nouvellement installé pour de simples manœuvres politiciennes, au moment où les Sénégalais attendent des solutions concrètes contre la vie chère, aurait pu être perçu par l’opinion publique comme un acte de sabotage et de politiques politiciennes.
* Face à une motion de censure, le Président de la République gardait en main la carte maîtresse de la dissolution de l’Assemblée Nationale. Aller donc à l’affrontement direct risquait de provoquer des élections législatives anticipées, un pari logistique et financier difficile pour la majorité parlementaire.
* C’est le risque technique absolu qui scellait le piège pour la majorité parlementaire. Même en cas de vote de la motion de censure entraînant constitutionnellement la démission du gouvernement, rien n’empêchait le chef de l’Etat de nommer immédiatement à nouveau le même Premier Ministre et de reconduire la même équipe. Or, les textes interdisent formellement aux Députés de déposer une seconde motion de censure au cours de la même session parlementaire. La majorité se serait ainsi retrouvée face au même gouvernement.
Dans la gestion du pouvoir d’Etat, le bruit a tout vent s’efface toujours devant la réalité. Les Députés n’ont donc pas eu un autre choix que d’écouter la feuille de route du gouvernement et de le juger sur ses indicateurs clés de performance (KPI) futurs, plutôt que de provoquer une crise institutionnelle ingérable. Ce faisant, le Premier Ministre a montré sa posture de leader et sa capacité de management. Ce passage réussi montre encore une fois que les affaires de l’Etat ne gèrent pas dans les rues ni sur les plateaux de télévision, mais en tenant compte des enjeux, des réalités et des textes de la République.
Mick de BADAR
