AFRIQUEElectionsPOLITIQUE

Au Tchad, les législatives reportées depuis cinq ans sont fixées au 24 octobre 2021

Plusieurs raisons avaient justifié les reports successifs : la menace djihadiste, les difficultés financières, puis la pandémie de coronavirus et la saison des pluies.

Maintes fois différées depuis cinq ans, les élections législatives au Tchad devraient finalement avoir lieu le 24 octobre 2021. Si cette date est confirmée, le scrutin se tiendra six mois après la présidentielle, fixée au 1er avril.

Elue en 2011 et largement dominée par la majorité du président Idriss Déby Itno, l’actuelle Assemblée nationale aurait dû être renouvelée en 2015. Mais le chef de l’Etat, arrivé au pouvoir par un putsch en 1990 et réélu pour la dernière fois en 2016, a repoussé le scrutin à cinq reprises.

Les raisons invoquées ont varié : la menace djihadiste, les difficultés financières, puis, récemment, l’épidémie de coronavirus et la saison des pluies.

Chambre d’enregistrement

Le scrutin devra permettre l’élection de 166 députés contre 188 actuellement, pour l’unique chambre du Parlement tchadien, qui s’apparente davantage à une chambre d’enregistrement, archi-dominée par le parti d’Idriss Déby Itno, le Mouvement patriotique du salut (MPS).

Le président n’a pas annoncé officiellement s’il briguerait un nouveau mandat mais cela ne fait guère de doute dans l’esprit de ses opposants et des observateurs politiques.

Le MPS et ses satellites contrôlent 146 des 188 sièges de l’Assemblée sortante. Ces mêmes députés viennent d’élever leur chef, 68 ans, déjà général, au rang de maréchal pour le combat qu’il a mené contre le « terrorisme », à l’intérieur et à l’extérieur du pays.

LNB

Djihadisme et coronavirus

Dernier fait d’armes en date : Idriss Déby Itno s’était rendu dans la région du lac Tchad fin mars pour commander personnellement une vaste offensive de son armée en représailles à une attaque de Boko Haram qui avait tué près de 100 soldats tchadiens le 23 mars sur une île du lac, tout près du Nigeria.

Ce bilan signait l’une des plus lourdes pertes jamais essuyées en 24 heures par l’armée tchadienne, considérée comme l’une des plus puissantes de la région par les capitales occidentales. Au premier chef par Paris, l’indéfectible allié, qui loue régulièrement son engagement, au sein de la force conjointe antidjihadiste du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad). L’armée tchadienne fournit surtout l’un des plus importants contingents de la Minusma, la Mission de l’ONU au Mali.

Mais cet engagement régional est de plus en plus critiqué dans un pays qui essuie des coups de boutoir meurtriers. Outre Boko Haram et la branche locale du groupe Etat islamique (EI) à l’Ouest, N’Djamena doit compter dans le Nord, frontalier de la Libye, avec la rébellion anti-Déby, les orpailleurs illégaux et des gangs de trafiquants, dans un Tibesti véritable zone de non-droit, et dans l’Est, avec de sanglants combats intercommunautaires entre cultivateurs sédentaires et éleveurs nomades.

De plus, en dépit de ressources pétrolières conséquentes, un Tchadien sur deux vit sous le seuil de pauvreté. Les urgences sanitaires sont fréquentes dans ce pays aux infrastructures hospitalières quasi inexistantes, désormais confronté au coronavirus, qui se révèle très mortel par rapport au nombre de cas officiellement enregistrés : 74 décès sur près de 900 personnes infectées début juillet.

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