Dans un climat de reconfiguration politique intense au sommet de l’État sénégalais, le parti Pastef-Les Patriotes a franchi un cap historique ce week-end en organisant son tout premier congrès national depuis sa fondation en 2014. Réunis à Diamniadio, près de la capitale, les délégués venus du Sénégal et de la diaspora ont plébiscité Ousmane Sonko à la présidence de la formation politique.
Selon les chiffres officiels communiqués par la commission électorale interne, l’actuel président de l’Assemblée nationale a fait l’unanimité absolue en récoltant la totalité des 589 suffrages exprimés, sur un total de 598 procès-verbaux attendus. Ce scrutin, marqué par l’absence totale de bulletins blancs, a enregistré un taux de participation massif de 98,5 %, scellant ainsi une démonstration de force et d’unité militante derrière le leader du parti.
Ce rendez-vous crucial intervient dans un contexte de profondes mutations institutionnelles et de redéfinition des rapports de force au sein du pouvoir. Récemment démis de ses fonctions de Premier ministre par le président Bassirou Diomaye Faye, Ousmane Sonko a rapidement rebondi au perchoir de l’Assemblée nationale à la suite de la démission d’El Malick Ndiaye. Cette transition rapide a mis en lumière des divergences de fond entre les deux figures de proue du Pastef quant à la gouvernance et la conduite des affaires publiques, bien que les deux hommes réaffirment constamment leur ancrage au sein de la même famille politique.
Le congrès s’est également ouvert dans l’ombre de la formation du nouveau gouvernement dirigé par Ahmadou Alamine Mohamed Lo, une équipe ministérielle de laquelle Pastef a choisi de se tenir à l’écart malgré sa position ultra-majoritaire au Parlement. Ousmane Sonko a justifié ce positionnement par des désaccords stratégiques avec le chef de l’État sur le rôle de la majorité parlementaire et les orientations politiques globales, tout en écartant fermement l’idée d’une motion de censure pour privilégier la concertation et garantir la stabilité nationale.
En prenant officiellement les rênes du parti, Ousmane Sonko concrétise son ambition de faire muter le Pastef « du mouvement à l’organisation ». Fort de cette légitimité renforcée, il devra désormais piloter la trajectoire d’une formation au pouvoir paradoxalement absente de l’exécutif mais maîtresse du législatif, alors que les travaux du congrès se poursuivent pour adopter les futures orientations et résolutions du parti.
Flora HOUNSOUNOU
