L’Assemblée nationale a rejeté ce mardi 3 novembre le projet de loi n° 40/2026 portant loi de finances rectificative pour l’année 2026 lors de son examen en séance plénière. Sur les 132 députés ayant pris part au vote, 109 se sont prononcés en faveur de l’adoption d’une question préalable déposée par le député Amadou Bâ de la majorité parlementaire, contre 20 voix opposées et trois abstentions. Cette procédure, qui dispense l’hémicycle de poursuivre les délibérations sur le texte, a immédiatement scellé son rejet.
Cette décision fait suite à deux rejets successifs du texte par la Commission des Finances et du Contrôle budgétaire à la fin du mois d’octobre. Malgré un renvoi en commission sollicité par le ministre de l’Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, afin d’engager des négociations avec les parlementaires, les échanges n’ont pas permis de dégager un compromis.
Déposé le 18 septembre sur la table des députés, le projet de loi révisé ramenait les recettes budgétaires à 5 848,7 milliards de FCFA contre 6 188,8 milliards initialement prévus, tout en portant les dépenses à 7 583,9 milliards de FCFA. Ce réajustement portait le déficit budgétaire à 1 735,2 milliards de FCFA, soit 7,6 % du produit intérieur brut, contre 5,4 % dans la loi de finances initiale. Le texte prévoyait notamment une hausse massive de 540,3 milliards de FCFA des subventions énergétiques, compensée en partie par une coupe de 555 milliards dans les crédits d’investissement.
Le gouvernement avait pourtant vivement appelé à l’adoption de cette révision, soutenant qu’elle était indispensable pour adapter les finances publiques à la baisse des recettes et faire face à des dépenses prioritaires. Dans une alerte publiée le 31 octobre, le ministère des Finances avait prévenu qu’un enlisement risquait de paralyser la mobilisation des financements extérieurs et d’aggraver les tensions sur la trésorerie de l’État. Ce blocage survient dans un climat économique particulièrement tendu, marqué par des marges de manœuvre restreintes, un accès difficile aux marchés financiers et des discussions délicates avec le Fonds monétaire international.
Au-delà des enjeux comptables, ce rejet illustre la rupture politique majeure entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. Depuis le départ de ce dernier du gouvernement le 22 mai 2026, son parti, le Pastef, a conservé le contrôle de la majorité parlementaire tout en restant à l’écart de l’exécutif, s’opposant désormais frontalement à la nouvelle formation politique du chef de l’État, le parti Kiiraay.
Flora HOUNSOUNOU
