AFRIQUE

Sénégal : Babacar Touré, pionnier de la presse indépendante africaine, s’en est allé

Ancien président du groupe Sud, qu’il avait cofondé en 1985, Babacar Touré est décédé le 26 juillet d’une longue maladie. La presse africaine pleure un journaliste emblématique.

« Il a marqué de son empreinte le paysage médiatique du Sénégal et au-delà », résume d’emblée le site seneplus.com en hommage au grand patron de presse qu’était Babacar Touré, décédé ce dimanche 26 juillet à l’âge de 69 ans des suites d’une maladie. Depuis l’annonce officielle de son décès, les témoignages pleuvent et ils sont unanimes : « Un monument de la presse s’effondre », titre Walf Quotidien. « La presse africaine, en particulier sénégalaise, perd l’un de ses monuments qui a gravé son nom dans les annales du pluralisme médiatique », renchérit Le Soleil. « Un géant s’est effondré » pour l’AS. Mais qui était Babacar Touré ?

Pionnier de la presse indépendante

Né en 1951 à Fatick dans le centre du Sénégal, Babacar Touré ou « BT » comme le surnommaient ses plus proches amis avait fondé et présidé le groupe privé Sud Communication en 1985. « Il commence alors par éditer le journal Sud Hebdo, qui deviendra Sud Quotidien plus tard », renseigne l’Agence de presse sénégalaise, APS. En 1994, le groupe Sud Communication se fait connaître sur le plan national en ouvrant Sud-FM, la première radio privée du Sénégal et aussi le premier-né de la famille Sud Communication. La cérémonie d’inauguration s’est tenue en présence de l’ex-président Abdou Diouf ainsi que de certains de ses homologues de la sous-région. Ce qui a permis au média de trouver un écho hors des frontières du pays.

Khadim Samb, communicant et compagnon de route, témoigne dans la presse sénégalaise : « Lorsqu’on a créé en 1986 Sud Hebdo dont les bureaux étaient à cette époque près de la salle de vente en centre-ville, avec feu Ibrahima Fall, Abdoulaye Ndiaga Sylla ou encore Bira Kane, nous étions un groupe soudé », a-t-il ajouté. « On avait des amis comme Malick Sow, Idrissa Seck, Pierre Babacar Kama, Djibril Ngom, Cheikh Tidiane Sy, Mayoro Faye, nous étions les noyaux durs de ce journal. Pendant trois à quatre ans, nous avons cheminé ensemble jusqu’à ce que Babacar Touré exprime le souhait de créer la première radio privée du Sénégal. C’est ainsi que Sud-FM a été créée en 1992 et inaugurée en 1994 », se souvient-il face à la presse sénégalaise. « Babacar avait par la suite ouvert une télé LCA (La Chaîne Africaine) qu’il a finalement décidé de déplacer en France à cause de quelques difficultés qu’elle rencontrait, puis en Gambie avant que la télé ne cesse d’émettre. Mais la radio Sud-FM a été la première radio privée du Sénégal avec plus tard les antennes régionales qui ont fleuri depuis », poursuit Khadim Samb.

Derrière le journaliste, un infatigable défenseur de la démocratie

Mais ce n’est pas tout. Babacar Touré, diplômé en sociologie, en sciences politiques, en journalisme et communication, et titulaire d’un Certificat de maîtrise d’anglais, était passé par les bancs de l’Institut français de presse, puis au Centre de perfectionnement des communicateurs africains de l’Université de Montréal au Canada, au Michigan State University et à l’université du Kansas aux États-Unis. Il a commencé a travailler au quotidien Le Soleil avant de poursuivre ses études aux États-Unis d’Amérique, d’où il est rentré pour intégrer l’ONG Enda Tiers-Monde, informe l’Agence de presse sénégalaise (APS).

LNB

L’Institut supérieur des sciences de l’information et de la communication, une école de formation de journalistes installée à Dakar, est également une création de son groupe de presse. Pour Abdoulaye Bathily, historien et homme politique sénégalais, au-delà d’avoir été un journaliste et une voix qui a compté, Babacar Touré a aussi joué sa partition dans les « luttes pour la démocratie ». « Avec le Groupe Sud, il a été le pionnier de la presse indépendante et professionnelle dont l’exemple a rayonné dans beaucoup de pays du continent, brisant le monopole des médiats d’État, citadelles de la pensée unique et de l’intolérance », a-t-il dit aux médias locaux. En effet, on apprend au lendemain de son décès qu’il avait endossé un rôle d’intermédiaire dans des conflits politiques majeurs dans son pays en plaidant notamment la cause de l’ancien président Abdoulaye Wade lorsque ce dernier a été envoyé en prison par Abdou Diouf. Babacar Touré a aussi été le conseiller du président guinéen Alpha Condé, qu’il connaît depuis les années où ce dernier était dans l’opposition.

Babacar Touré a par la suite été nommé à la tête du Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA), en plus d’avoir exercé de nombreuses fonctions dans des institutions sénégalaises, africaines et en dehors du continent en tant que « membre du conseil d’administration de l’Institut Panos, du Collège des conseillers africains de la Banque mondiale, et coprésident de la Conférence ministérielle Afrique/États-Unis, avec Madeleine Albright, ancienne secrétaire d’État américaine », détaille encore l’APS.

Pluie d’hommages de personnalités

Pour le défenseur des droits de l’homme, Alioune Tine, « le décès de Babacar Touré est une perte immense pour le Sénégal et l’Afrique, leur leader politique et intellectuel, un humaniste absolu avec une identité narrative inédite, doué de tous les talents ». « Nous partageons la tristesse du groupe Sud communication, la tristesse de toute la presse. Babacar Touré était un vrai visionnaire, une intelligence pratique perpétuellement en éveil. Un des promoteurs de la démocratie en Afrique », a-t-il réagi sur sa page Twitter. Sur ce même réseau, le chef de l’État Macky Sall a présenté ses condoléances au groupe Sud et à la presse ainsi qu’à la famille du défunt en ces termes : « Journaliste chevronné et pionnier dans l’entreprise de presse et la formation des journalistes, homme de consensus et de dialogue, Babacar Touré aura été de tous les combats pour la liberté et la démocratie ». Autant d’hommages en disent long sur le professionnel et sur l’homme. Nul doute que son souvenir continuera à nourrir l’attachement des journalistes à apporter leur contribution à la construction de l’Afrique, dans ses dimensions politiques, économiques et de formation.

Source: internet

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