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Organisation continentale africaine: OUA +UA, 60 ans déjà ( 60 ans après, quel avenir pour l’UA ?

Organisation continentale africaine:
OUA +UA, 60 ans déjà
( 60 ans après, quel avenir pour l’UA)

25 Mai 1963 – 25 Mai 2023, Il y a 60 ans naissait l’Organisation de l’unité africaine (OUA).

L’OUA, l’Organisation de l’unité africaine – l’ancêtre de l’Union africaine – voyait le jour à Addis-Abeba en Ethiopie il y a 60 ans jour pour jour. Un moment marquant dans l’histoire de l’intégration africaine. Ce jour-là, 32 chefs d’État et de gouvernements parviennent enfin à se rassembler et à s’entendre autour d’un projet commun. Ils signent dans la nuit du 25 au 26 mai la charte de l’unité africaine.
L’empereur d’Éthiopie, Haïlé Sélassié, prend la parole le 25 mai 1963 à Addis-Abeba lors de la conférence des chefs d’Etat africains. A la table de droite on reconnaît Ahmed Ben Bella, Ali Boumendjel, Maurice Yameogo et Gamal Abdel Nasser.
L’empereur d’Éthiopie, Haïlé Sélassié, prend la parole le 25 mai 1963 à Addis-Abeba lors de la conférence des chefs d’Etat africains. A la table de droite on reconnaît Ahmed Ben Bella, Ali Boumendjel, Maurice Yameogo et Gamal Abdel Nasser.
Ce texte prône l’égalité souveraine des États membres, la non-ingérence et le respect de l’intégrité territoriale. Objectif : favoriser l’unité, la solidarité de l’Afrique et combattre le colonialisme. Cette première organisation continentale est dotée d’un secrétariat général, de commissions, et d’institutions inter-gouvernementales. À la tribune, les dirigeants n’ont cessé durant deux jours d’appeler à l’unité du continent, à l’image de Kwame Nkrumah. « Cette union, nous devons la réaliser, sans sacrifier nécessairement nos diverses souverainetés, grandes ou petites, exhorte le président ghanéen. Nous devons nous unir afin de réaliser la libération intégrale de notre continent ».
Le 25 mai, Hubert Maga, le président béninois, salue officiellement la naissance de cette toute nouvelle OUA : « La Conférence au sommet des chefs d’États et de gouvernements africains indépendants, heureux de la réussite totale de cette conférence qui comble les espoirs d’unité si longtemps caressés par les peuples africains, exprime sa profonde gratitude à sa majesté impériale Haïlé Sélassié 1er au gouvernement et au peuple d’Éthiopie dont le rôle déterminant a contribué à la concrétisation de l’unité africaine par la naissance de l’Organisation de l’unité africaine ».
Hubert Maga met là en avant le rôle joué par l’empereur éthiopien. Et pour cause : Hailé Sélassié œuvre depuis de longs mois en coulisses pour faire émerger un accord entre les tenants d’une Afrique fédéraliste, rassemblée dans le groupe dit de Casablanca, autour de Kwame Nkrumah et les partisans d’une Afrique des États, menée par le groupe dit de Monrovia, avec à sa tête le Libérien William Tubman. Un compromis est donc trouvé mais celui-ci est clairement à l’avantage des souverainistes.
« Le draft, ou le brouillon, qui sert de base à la rédaction de la charte, c’est un brouillon qui est proposé par le représentant éthiopien qui s’inspire beaucoup des propositions souverainistes sur l’organisation de l’unité africaine », décrypte Ayrton Aubry, doctorant au CERI, le Centre de recherches internationales de Sciences Po. En contrepartie, un comité de libération destiné à coordonner l’aide aux mouvements de libération est mis sur pied.
Le travail de l’ombre des diplomates
Cette charte voit le jour grâce au travail mené dans l’ombre par de nombreux ministres et hauts-fonctionnaires. Des diplomates de second plan, formés en Europe ou aux États-Unis, qui sont depuis 1945 très présents dans les congrès panafricains organisés en Europe et sur le continent. Ces acteurs jouent un rôle central lors des négociations menées durant les jours qui précèdent l’arrivée des chefs d’État.
« Le sommet se tenant à Addis-Abeba, les fonctionnaires éthiopiens ont joué un rôle important, relate Ayrton Aubry. On a Ketema Yfru qui est le ministre des Affaires étrangères. C’est lui qui prononce le discours inaugural. Toujours au niveau éthiopien, Tesfaye Gebre-Egzy qui à l’issue du sommet est nommé secrétaire général provisoire de l’OUA ».
Très actif également, Oscar Kambona, le ministre tanzanien des Affaires étrangères ou encore Doudou Thiam. Le chef de la diplomatie sénégalaise décrit quelques années plus tard son rôle dans les tractations : « il fallait enterrer les groupes de Monrovia et de Casablanca et il fallait le faire dans des conditions telles que le nouveau départ à prendre fut favorable au Sénégal. C’était du moins ma mission ».
Certains de ces diplomates poursuivront ensuite leur action en faveur de l’intégration africaine. Ce sera notamment le cas du Guinéen Diallo Telli qui devient en août 1963 le secrétaire général de l’OUA. Ce sommet d’Addis-Abeba restera lui dans les annales comme un moment d’unité et de réconciliation entre certains chefs d’État. Avec comme temps fort, notamment, l’accolade entre le Sénégalais Léopold Sédar Senghor et le Malien Modibo Keita, en froid depuis la chute de la fédération du Mali.

60 ans après sa création, à quoi sert encore l’Union africaine?

L’Union africaine est-elle encore utile ? Depuis sa création dans la nuit du 25 au 26 mai 1963, sous le nom d’Organisation de l’unité africaine, l’institution n’a pas vraiment atteint ses objectifs initiaux.
Addis-Abeba, le 25 mai 1963. L’Éthiopie vit, dans la nuit, un moment historique. Alors que 32 chefs d’États et de gouvernements se sont réunis, ils actent la création de l’OUA, l’Organisation de l’unité africaine, en signant la charte de l’unité africaine. Dans cette charte, les leaders africains se disent notamment « convaincus que les peuples ont le droit inaliénable de déterminer leur propre destin » et « conscients du fait que la liberté, l’égalité, la justice et la dignité sont des objectifs essentiels à la réalisation des aspirations légitimes des peuples africains ».
Surtout, lors de cette nuit historique, les 32 présidents et Premiers ministres assurent que leur « devoir » est de « mettre les ressources naturelles et humaines de notre continent au service du progrès général » des peuples « dans tous les domaines de l’activité humaine ». Soixante années plus tard, les Déby, les Obiang et les autres n’ont pas vraiment respecté leur engagement. Ce devoir de développement a, bien souvent, été effacé par des enrichissements illégaux ou par un manque de volonté. Remplacée par l’Union africaine (UA), en 2002, l’OUA a donc échoué. L’UA, elle, prend le même chemin.

Contre-productivité

Car si les objectifs de l’organisation continentale sont d’œuvrer à la promotion de la démocratie, des droits humains et du développement à travers l’Afrique, force est de constater que l’UA est devenue une organisation où l’on flatte les égos des dirigeants à la tête de ses Commissions, bien loin de l’une des missions qu’elle s’était fixées : résoudre les conflits. Depuis l’Éthiopie jusqu’au Soudan, en passant par le Mali, force est de constater que l’Union africaine a été contre-productive.
L’un des derniers exemples en date, c’est le Conseil de paix de l’UA de Lusaka, en 2016, où les dirigeants du continent se sont promis de désarmer les conflits politiques en Afrique. Sept ans plus tard, le constat est terrible : selon Small Arms Survey (SAS), 80% des armes légères en Afrique sont détenues par des civils. Et les conflits africains sont meurtriers. Actuellement à Khartoum, aucun chef d’État africain n’a réussi à faire respecter le cessez-le-feu. Et l’UA, du Soudan à la Libye, n’a aucun pouvoir, préférant laisser l’Occident et les pays du Golfe persique se poser en négociateurs.
Si l’échec au niveau de la paix est patent, il l’est tout autant au niveau commercial. On l’a vu lors de la pandémie de Covid-19 : l’UA voulait faire annuler la décision de l’OMC de limiter les licences de fabrication des vaccins anti Covid-19 par la propriété intellectuelle des compagnies pharmaceutiques occidentales. L’organisation continentale aurait pu teter de délivrer des licences de fabrication de vaccins mais a préféré acheter des vaccins à l’étranger.

L’espoir est encore permis

L’union tant désirée par les fondateurs de l’OUA ne serait qu’un leurre. On est loin des promesses du sommet d’Addis-Abeba, qui prônait l’unité et la réconciliation. À l’époque, le Sénégalais Léopold Sédar Senghor et le Malien Modibo Keita était brouillés depuis la chute de la fédération du Mali. Les deux hommes avaient marqué l’événement avec une accolade historique. Désormais, les dissensions sont régulières. On se souvient par exemple du cas du Maroc, qui s’était retiré de l’organisation à cause du Sahara occidental, adhérent comme lui de l’UA. « L’impuissance de l’UA à faire valoir les droits des peuples africains face à la communauté internationale s’est illustrée de façon flagrante dans le conflit libyen en 2011, au cours duquel les puissances occidentales se sont arrogé de manière unilatérale et éhontée le droit de décider de l’avenir du pays », rappelle l’ancien président de l’Afrique du Sud Thabo Mbeki.
Pour autant, l’UA est-elle condamnée à l’échec ? L’organisation peut encore espérer reprendre le destin de l’Afrique en main. Notamment parce que « le défi du développement africain tel qu’il est défini par les Africains n’est plus une priorité de l’agenda politique et économique mondial », résume Mbeki qui déplore « que l’Occident mette tout en œuvre, par le biais d’un prétendu ‘soft power’, pour cantonner l’Afrique dans la dépendance ». Une communauté internationale qui exploite « délibérément nos faiblesses afin d’évincer tout gouvernement africain qui ne lui conviendrait pas et de se positionner ainsi comme le seul intervenant crédible dans le destin de l’Afrique ».
C’est là qu’est la carte à jouer de l’UA. Soixante ans après la naissance de l’OUA, l’UA peut encore retrouver ses lettres de noblesse. « Il ne faut pas avoir peur de défendre le droit à l’autodétermination concrétisé par la création de l’UA, conclut l’ancien président sud-africain. Et c’est à l’Union africaine qu’incombe la mission sacrée de mobiliser et de fédérer nos forces afin de concrétiser ce rêve, sans laisser des conflits mesquins nous diviser ». Et l’ex-dirigeant de prévenir : « Si la réalisation de ce rêve était encore une fois retardée, cela risquerait de finir par une explosion.

Compilé par Mick de BADAR

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