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Nigeria : 50 ans après, réédition de deux albums de Fela Kuti

Rééditions, raretés et inédits vont réchauffer les mois à venir à l’occasion des 50 ans de deux albums de Fela Kuti, père de l’afrobeat.

Quand le single “Arabesque” de Coldplay sort en 2019, tout le monde note immédiatement la présence vocale sur ce titre de Stromae, qui n’a alors pas encore annoncé son grand retour. Mais l’ouverture sur le monde de ce morceau repose surtout sur l’apport de Femi Kuti, fils de Fela et gardien du temple de l’afrobeat, ces boucles rythmiques imparables nées de la fusion de la musique nigériane et d’élans jazz/funk dans les années 1970. On retrouve aussi parmi les musiciens crédités sur ce titre Made Kuti, fils de Femi, multi-instrumentiste et compositeur, comme son père et son grand-père (décédé en 1997).

Aucune surprise, donc, à voir Chris Martin, leader de Coldplay, seconder Femi Kuti pour agencer les pépites du 5e coffret des rééditions vinyles du catalogue de Fela, prévu pour le 10 décembre. Le 4e coffret du genre avait d’ailleurs été validé par Questlove, batteur de The Roots, groupe phare du hip-hop apparu dans les années 1990. Preuve supplémentaire que l’afrobeat a infusé au fil des décennies dans tous les genres de la pop à l’électro en passant par le rap.

Président Noir

De Paul McCartney à Beyoncé, les hommages à Fela sont innombrables. La future vice-présidente américaine Kamala Harris avait même utilisé la musique du “Black President” (“Président Noir”, surnom de Fela) pour son premier meeting avec Joe Biden, futur président.

Pour en revenir aux réjouissances discographiques, elles commencent cette semaine par la réédition en vinyle vendredi d’un autre joyau, l’album “London Scene”, sorti il y a un demi-siècle. “Live! With Ginger Baker”, paru aussi en 1971, sera disponible le 25 février 2022, réédité en vinyle, remasterisé aux mythiques studios Abbey Road, à partir des bandes originales.

LNB

En guise d’apéritif à ce festin, le titre “Original Sufferhead”, dans une nouvelle version, et un morceau de bravoure, inédit, “Drum Solo”, mêlant les baguettes de Tony Allen et Ginger Baker au festival de jazz de Berlin en 1978, sont déjà disponibles en streaming. Car, oui, Fela Kuti s’est bien offert le luxe de faire jouer dans ses différents projets ceux qu’on considère aujourd’hui comme deux des meilleurs batteurs du monde (tous deux disparus).

Black Lives Matter

Tony Allen, Nigérian, est un vieux compagnon de route de Fela, qu’on retrouve plus tard dans les formations de Damon Albarn (The Good, The Bad and The Queen ou encore Gorillaz). Allen pose même sa griffe sur “La Ritournelle”, hit suave électro-pop de Sébastien Tellier. Ginger Baker fit lui partie de Cream, super-groupe avec Eric Clapton.

Mais si l’héritage de Fela Kuti est toujours aussi vivace, ce n’est pas seulement d’un seul point de vue musical. Son œuvre est aussi politique, sociale, sociétale, parcourue par des thèmes qu’on relierait aujourd’hui au mouvement Black Lives Matter.

Dans “Live !…” on entend ainsi le titre “Black Man’s Cry” (“Les pleurs de l’homme noir”), écho d’un racisme insidieux. “Fela est souvent présenté comme un prophète, il parlait de son temps, des obstacles qu’il affrontait et aujourd’hui, les temps n’ont pas vraiment changé, ça résonne aussi avec ce que vit ma génération”, déclare Made Kuti en visio-conférence avec l’AFP depuis Lagos, au Nigeria, bastion du clan Kuti.

Son père Femi, également en visio, complète : “Les problèmes n’ont pas disparu, rien n’est réglé en Afrique, Amérique ou Europe, ils ont souvent été mis sous le tapis. Et là avec les réseaux sociaux, ils sont sous le nez de tout le monde”.

Source : VOA

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