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Monde : Les demandeurs d’asile privés de retraits d’argent

Une réforme visant à réduire le coût de l’accueil des personnes en attente du statut de réfugié va compliquer leur vie quotidienne et limiter leur autonomie.

Le perdant, c’est le demandeur d’asile. Et parmi ces défavorisés, les ressortissants du continent africain risquent d’être les premières victimes, eux qui représentent 41 % des 122 000 postulants au statut de réfugié en 2018. Les associations qui les accompagnent ont alerté en effet, lundi 16 septembre, sur le changement de périmètre de la « carte bancaire », octroyée aux bénéficiaires de l’allocation de demandeur d’asile (ADA). A compter du 5 novembre, elle ne leur permettra plus de retrait d’argent liquide.

Annoncée le 23 juillet, dans la torpeur de l’été, par l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), cette réforme réduit la carte bancaire des demandeurs d’asile à une carte de paiement. Seuls les règlements effectués dans des commerces équipés d’un terminal dédié seront désormais possibles. De plus, au-delà de 25 opérations par mois, chaque paiement sera facturé 50 centimes d’euro. « Une somme importante pour les demandeurs d’asile qui touchent 6,80 euros par jour », déplore le directeur de la Fédération des acteurs de la solidarité, Florent Guéguen. « Derrière cette réforme, il y a une volonté de faire des économies sur le dos des étrangers les plus pauvres », estime ce dernier, qui anticipe aussi le fait que de l’argent restera sur la carte faute d’avoir pu être retiré.

Il s’inquiète également du fait que les demandeurs d’asile pour lesquels l’ADA constitue l’unique aide financière n’auront même plus de monnaie « pour leur vie quotidienne » qu’il s’agisse de « l’achat du pain, du paiement à l’unité de tickets de transport, ou de la cantine scolaire des enfants », note le large collectif d’associations qui alerte. Les allocataires devront se fournir dans les commerces équipés de terminaux de paiement, qui ne pratiquent pas forcément les prix les plus compétitifs. M. Guéguen pressent que « le coût de cette réforme va se reporter sur le secteur associatif », lui qui a déjà prévu un coup de pouce en liquide pour les petites courses quotidiennes et réfléchit à l’installation de terminaux de paiement dans ses centres d’hébergement.

Conditions de précarité

Bien que réfuté par le directeur de l’OFII, Didier Leschi, l’argument économique semble avoir présidé à ce changement. Si le haut fonctionnaire met en avant le fait que le gouvernement lui a demandé de faire évoluer le système « pour améliorer la sécurisation de la carte pour des personnes qui peuvent se trouver dans des conditions de précarité », et aligner la France sur d’autres pays européens qui utilisent déjà ce mode de paiement ou des bons d’achat « comme l’Allemagne, la Grande-Bretagne ou encore la Belgique », il oublie de préciser que Bercy et Beauvau le pressent aussi de réduire le coût de l’asile. Le budget de l’ADA ne cesse en effet de croître avec l’augmentation du nombre de demandeurs, qui a passé le cap des 100 000 en 2017 et augmenté de 21 % entre 2017 et 2018. Cette hausse nécessite une rallonge régulière en fin d’année qui déplaît fortement au ministère de l’économie et des finances. Quant au ministère de l’intérieur, il veut par tous les moyens réduire l’attractivité de la France, que ce soit pour les réfugiés ou les migrants économiques.

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Outre les motivations de ce changement, le président de France terre d’asile, Pierre Henry, déplore aussi la méthode. « Si ce changement avait été préparé et concerté, cela n’aurait pas posé de difficultés », affirme ce dernier. Et « l’expérimentation menée en Guyane avec 1 500 personnes en possession d’une carte ADA » qui, selon le directeur de l’OFII, « a bien fonctionné », ne suffit pas à le convaincre.

D’ailleurs, à ses yeux, comme pour bien d’autres, ce changement détourne l’attention de la mise à l’abri des nouveaux arrivants, qui devrait être la première réflexion à mener. « On arrive à peine à assurer l’hébergement d’un demandeur d’asile sur deux », s’indigne-t-il. Une question qui mériterait beaucoup plus d’attention, mais risque de passer à la trappe lors du débat général sur l’immigration qui doit se tenir à l’assemblée nationale fin septembre.

À propos de la carte ADA :

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