Née vers 1840 à Besease, au cœur de l’Empire ashanti (dans l’actuel Ghana), Yaa Asantewaa s’est imposée comme une icône absolue de la résistance anticoloniale continentale. Élevée dans la tradition militaire et matriarcale de son peuple, elle devient reine mère de la région d’Edweso à un moment où l’impérialisme britannique cherche par tous les moyens à soumettre la puissante confédération ashanti pour mettre la main sur ses richesses en or et en bois précieux.
Le tournant décisif de sa vie survient en mars 1900. L’Empire ashanti est alors profondément fragilisé : les Britanniques ont déjà déporté le souverain Prempeh Ier et plusieurs chefs de guerre aux Seychelles. Lors d’une réunion au sommet de ce qui reste de la direction ashanti, le gouverneur britannique Frederick Hodgson commet un sacrilège impardonnable en exigeant de s’asseoir sur le Siège d’or (Sika Dwa), le symbole spirituel suprême de l’unité et de l’âme du peuple ashanti.
Face à l’hésitation et à la peur des hommes de la noblesse, Yaa Asantewaa, alors âgée de 60 ans, se lève et prononce une harangue entrée dans la légende :
« Comment un chef peut-il s’asseoir et regarder ses rois être emmenés aux Seychelles sans dire un mot ? S’il en est ainsi, si vous, les hommes d’Ashanti, ne voulez pas aller de l’avant, alors nous le ferons. Nous, les femmes, nous le ferons. Je ferai appel à mes consœurs. Nous combattrons les hommes blancs. Nous combattrons jusqu’à la dernière d’entre nous sur le champ de bataille. »
Désignée sur-le-champ commandant en chef des armées ashanti — une première dans l’histoire de ce royaume —, elle prend la tête de la révolte appelée la « guerre du Siège d’or » ou « guerre de Yaa Asantewaa ». Armée de son fusil et vêtue du vêtement de combat traditionnel, elle orchestre avec audace le siège du fort britannique de Kumasi pendant plusieurs mois, infligeant de lourdes pertes aux forces coloniales grâce à une tactique de guérilla redoutablement efficace.
Surclassée par les renforts britanniques dotés d’une artillerie moderne, Yaa Asantewaa est finalement trahie et capturée en mars 1901. Fidèle à sa réputation, elle refuse la soumission et rejoint le roi Prempeh Ier en exil aux Seychelles, où elle s’éteint le 17 octobre 1921. Son sacrifice n’a pas été vain : les Britanniques ne parviendront jamais à s’emparer du Siège d’or, qui demeura caché. Aujourd’hui encore, Yaa Asantewaa est honorée au Ghana et à travers le monde comme l’incarnation de la bravoure féministe, de la dignité et de la souveraineté africaines.
Flora HOUNSOUNOU
