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Histoire de la ville de Ouidah: Port négrier et cité du repenti

Curieux destin que celui de Ouidah, ville de l’actuelle République du Bénin, située à 42 km à l’ouest de la capitale économique Cotonou, sur la côte atlantique, dans le Golfe de Guinée. Propulsée au-devant de la scène au cours de la dernière décennie à l’occasion de deux grandes manifestations culturelles d’ampleur internationale,la ville de Ouidah semble s’être engagée depuis lors dans une nouvelle ère de son histoire, celle d’une renaissance qui veut tirer toutes les leçons de son passé de port négrier et de ville esclavagiste.

Ouidah : aperçu historique

Ouidah, Wida, Whydah, Juda, Adjuda, voire Fida, selon les graphies et les prononciations, le nom de cette ville résulte en fait de la mauvaise prononciation par les Européens du mot Houéda ou Xwéda, nom du groupe ethnique adja qui, au cours d’un long processus migratoire amorcé depuis Tado , s’est installé au xve siècle sur les rives du lac Ahémé. L’ethnie Houéda, sous la conduite de son chef Ahoho, fonda le royaume Houéda de Sahé dont la capitale Savi ou Xavier, à la fin de la première moitié du xvie siècle, était située à 8 km au nord de l’actuelle ville de Ouidah. L’histoire de ce royaume reste encore assez mal étudiée. On sait seulement que l’importance de sa capitale Savi sera vite amoindrie par l’essor économique considérable pris par Ouidah à partir du xviie siècle, grâce au commerce et aux échanges de toute sorte qu’elle entreprendra avec les Européens.

Si Ouidah est la déformation de l’ethnonyme Houéda, le vrai nom de cette ville est Glexwe ou Gléhoué, ainsi que l’on peut l’observer dans le parler fon où le locuteur n’emploie jamais le mot Ouidah, mais toujours Gléhoué. La tradition rapporte que le chef Ahoho construisit dans ses champs proches de l’Atlantique une résidence secondaire champêtre pour s’y reposer. Dans la langue fon, Gléhoué signifie en effet « maison » (glé) « des champs » (xwé ou houé).

C’est sous le règne du huitième roi Kpassè qu’un paysan nommé Kpatè, en travaillant dans son champ près de la côte, aperçut sur la mer un navire. Impressionné par le phénomène, il agita un pagne attaché au bout d’un bâton. Les marins portugais qui occupaient le navire, l’ayant remarqué, envoyèrent à terre une barque. Et pour la première fois, l’on vit dans le royaume des hommes blancs aux oreilles rouges que, dans leur stupéfaction, Kpatè et ses semblables appelèrent « zojagé » ou « zodjagué » (littéralement « le feu parvenu au rivage »).

Conduits à Savi auprès du roi, qui leur accorda l’hospitalité en leur offrant vivres et cabris selon la tradition, les hôtes portugais offrirent en retour au roi tissus, miroirs et autres pacotilles. Le souverain leur permit en outre, et surtout, de s’installer et de commercer avec son royaume. Plus tard, suivront les Anglais, les Hollandais, les Français… Les fouilles archéologiques de la ville de Savi font apparaître les vestiges des fondations des édifices et autres forts construits par ces Européens.

Les échanges commerciaux se développèrent vite et bientôt se spécialisèrent autour du commerce des esclaves qu’alimentaient les guerres interethniques. Le royaume de Savi connut ainsi un rapide essor économique grâce à ce commerce. Mais bientôt, les Européens, dans leurs forts de Savi, commencèrent à déplorer la lenteur et surtout les risques du portage de leurs marchandises débarquées sur la plage. Ils obtiendront alors l’autorisation du roi de construire, sur la rive nord de la lagune, des entrepôts surveillés qui accroîtront rapidement l’importance de ce qui n’était jusque-là qu’une résidence champêtre, Glexwé, ville de Ouidah.

La capitale Savi conservera certes son statut et son rang de ville sacrée et de capitale politique, mais perdra progressivement puis définitivement son importance économique au profit de Ouidah. C’est du reste ce rapide et prodigieux développement du royaume de Savi et tout particulièrement de la ville de Ouidah qui suscita la convoitise du royaume frère d’Abomey, moins favorisé et moins fortuné du fait de sa position enclavée et de son manque d’accès à la mer. Au terme d’une longue et méticuleuse préparation, le roi Agadja d’Abomey conquit le royaume de Savi, en 1727, en tuant par ruse Houffon, le dernier roi de Savi.

Ouidah, port négrier

La principale activité économique de Ouidah et la raison de son développement sont donc sans conteste la traite négrière. Il est regrettable que l’incendie volontaire du fort portugais provoqué par ses derniers occupants lors de leur expulsion du territoire dahoméen (actuel Bénin) par le premier président de la République du Dahomey, Hubert Maga, dès l’accession du pays à l’indépendance en 1960, ait détruit toutes les archives qui auraient fourni à la recherche et à l’Histoire de précieuses informations chiffrées sur l’ampleur du commerce des esclaves dans la ville océane.

La ville a gardé pendant plus d’un siècle un silence de plomb sur cette période sinistre de son histoire. Les deux manifestations culturelles de la dernière décennie, « Ouidah 92 » puis « La Route de l’Esclave », ont créé les conditions favorables à une véritable catharsis car elles ont permis d’engager la ville dans un processus de révélation caractérisé dans un premier temps par l’identification, le marquage et le balisage ostensibles des places et des lieux qui furent, à quelque degré que ce soit, les théâtres et les témoins de la pratique de l’esclavage à Ouidah. Ainsi, aujourd’hui, le touriste qui séjourne au Bénin peut désormais inscrire au programme de ses visites touristiques l’itinéraire de « La Route de l’Esclave » qui va de la « Place du marché aux esclaves » jusqu’à la « Porte du non-retour », en passant par « Le Mémorial » érigé sur la funeste fosse commune qui recueillait les « invendus irrécupérables » de ce sinistre commerce. L’itinéraire permet en outre de découvrir comment les ressources du mysticisme vodun ont été instrumentalisées dans une sorte de rituel sacramentel pour accompagner l’esclave dans sa marche vers l’inconnu, et lui donner l’illusion d’une marche vers un ailleurs où l’existence était meilleure.

L’exercice auquel nous nous sommes livré à l’occasion du colloque « La Route de l’Esclave », en septembre 1994, pour trouver dans la tradition orale fon et particulièrement à travers la parémiologie (ou l’étude des proverbes) les traces de l’esclavage, nous a permis de faire apparaître des indications signifiantes et révélatrices de la part active prise par les négriers locaux dans la méthodique et ingénieuse organisation de ce commerce . En complément de cet apport de la tradition orale, la toponymie de la ville de Ouidah et de ses alentours ainsi que les panégyriques claniques du souvenir (ou litanies des familles) fournissent aussi d’intéressantes indications sur la traite négrière à Ouidah.

Les ressources de la toponymie

Le village de Godonoutin

À quelques kilomètres à l’ouest de la ville, on trouve le village nommé Godonoutin (littéralement « la place où l’on mange de la bouillie de maïs »). Surprenante dénomination. Une certaine tradition rapporte qu’à l’époque coloniale du travail forcé, les hommes qui travaillaient à la pose des rails du chemin de fer allaient se restaurer dans ce village. Mais lorsqu’on sait que les vendeuses qui proposent de la nourriture aux travailleurs se rendent plutôt sur leur lieu de travail, et que la pose des rails du chemin de fer est un chantier évolutif dans l’espace et non sédentaire, on ne peut qu’émettre des réserves sur une telle interprétation quant à l’origine de ce village. Au contraire, nous paraît plus convaincante cette autre explication qui fait du village de Godonoutin l’étape de repos et de restauration où les marchands d’esclaves marquaient une pause et « refaisaient une santé » à leurs captifs afin qu’ils puissent parvenir en meilleure forme et être vendus au meilleur prix sur le marché de Ouidah, sachant que les moindres signes de fatigue, de faiblesse ou de vieillissement (cheveux blancs par exemple) dépréciaient considérablement « la marchandise », lorsqu’ils ne la rendaient pas purement et simplement invendable. Le village de Godonoutin existe toujours, mais, en dépit de son nom, on n’y vend ni ne mange pas plus de bouillie de maïs qu’ailleurs dans le pays fon du Bénin.

Les deux quartiers Zomayi à Ouidah

12Le deuxième élément toponymique caractéristique de la ville de Ouidah au regard de l’histoire de l’esclavage se rapporte à deux places célèbres de la ville qui l’une et l’autre portent exactement le même nom, Zomayi, mais avec des significations différentes ou complémentaires.

Commençons par le quartier situé au centre-ouest de la ville : ce quartier fut fondé par le célèbre personnage Chacha, représentant du roi d’Abomey à Ouidah pour le commerce des esclaves. Ce quartier était une véritable poudrière. En effet, le commerce des esclaves permettait au roi d’Abomey d’obtenir de la part des négriers européens des fusils, de la poudre et autres munitions que Chacha entreposait dans ce quartier de sa résidence, en attendant leur transfert total ou partiel vers la capitale royale Abomey. Ainsi, pour sa sécurité personnelle et celle du quartier, Chacha avait fait interdiction aux habitants d’y jouer avec le feu. De cette interdiction le quartier tire son nom : Zo-ma-yi (feu-ne-pas-aller, « le feu n’y va pas »).

Mais en fon, le mot zo est polysémique : il signifie « feu » mais désigne aussi la « lumière ». Ainsi, l’autre quartier, moins connu, qui porte le nom de Zomayi tire sa signification de ce second sens du mot zo : c’est un espace clos, situé à quelques centaines de mètres de la plage et du port d’embarcation des esclaves à Ouidah. Les esclaves étaient parqués dans ce lieu clos interdit à la lumière. L’intérêt était d’isoler chaque esclave et donc de l’affaiblir moralement en le plongeant et en le maintenant dans les ténèbres. En effet, si tous les esclaves ainsi parqués s’étaient vus dans la claire lumière du jour, ils auraient pris conscience de leur importance numérique et donc de la force qu’ils représentaient. Il pourrait alors se créer une synergie qui se traduirait par un mouvement désespéré de révolte et de mutinerie. D’où l’intérêt de cet espace interdit à la lumière pour y garder les esclaves jusqu’à ce qu’ils franchissent la « porte du non-retour ».

LNB

Le panégyrique clanique comme source d’information

Outre la toponymie, les panégyriques claniques véhiculent aussi des souvenirs de l’esclavage et comportent d’éloquentes allusions à la pratique de la traite négrière.

Les familles de la ville de Ouidah qui doivent leur prospérité économique et leur ascension sociale à ce commerce ont inscrit dans leurs panégyriques quelques souvenirs de cette activité dans laquelle l’ancêtre esclavagiste est présenté comme un héros. Certains de ses faits et gestes en rapport avec son activité commerciale négrière constituent autant d’éléments servant à célébrer ses louanges et celles de sa descendance. Dans son ouvrage , Casimir Agbo dit Alidji a énuméré quelques litanies de grandes familles de la ville. Certaines litanies nous ont paru fort intéressantes par leur référence au rôle de l’ancêtre dans le commerce des esclaves. Nous n’estimons pas opportun de citer ici ces familles, mais le lecteur comprendra que l’intérêt est moins de stigmatiser des patronymes que de restituer des extraits de ces panégyriques pour y découvrir des indices du commerce des esclaves. Ainsi l’une des familles de Ouidah est célébrée par le panégyrique suivant :

1- On peut braver la cendre et non le feu

2- Gros agent de commerce du roi, ton nom plaît

3- Tu prêtes de l’argent à l’Européen au large

4- Tu vends sans compter

5- Des pleurs éclatent dès que les esclaves te voient visiter leur prison

6- Le Portugais s’attriste en constatant que tu lui as vendu de vieux esclaves. 

Si ces versets mettent l’accent sur la puissance économique et sociale de la famille concernée (versets 1 à 4), les versets 5 et 6 sont particulièrement explicites en ce qui concerne le commerce des esclaves. Non seulement l’ancêtre de cette famille était particulièrement célèbre et redouté des prisonniers destinés à la vente (verset 5), mais encore il passe pour un trafiquant véreux et rusé, expert dans la pratique qui consistait à rajeunir les esclaves, notamment en rasant la tête des plus vieux pour dissimuler leurs cheveux blancs. Quelque quarante-huit heures suffisaient avant l’embarquement pour que le négrier européen se rende compte qu’il avait été floué et qu’il se lamente d’avoir fait une mauvaise affaire . Il est intéressant de relever que, parmi les familles recensées par l’auteur Casimir Agbo, troisfamilles ont ce verset 6 dans leur panégyrique.

Ailleurs, une autre litanie évoque l’ancêtre comme « le courageux qui, en une journée, embarque prestement des esclaves à Cotonou ». L’intérêt de ce verset est surtout d’ordre historique. Il renvoie à la période où Ouidah avait commencé à ne plus être la plaque tournante du commerce des esclaves à cause des prétentions excessives du roi. Le trafic fut alors déplacé vers l’est, notamment vers Gbadagri, et les familles de Ouidah qui étaient toujours intéressées par ce commerce acheminaient les esclaves vers Cotonou.

De « Zomayi » à « Zomaci » ou la fin du règne des ténèbres

Tous les éléments que nous venons d’examiner font apparaître la part très active prise par les trafiquants locaux dans le commerce des esclaves à Ouidah. Mais la ville négrière, après un long et lourd silence sur ce passé peu glorieux, a décidé de faire publiquement son examen de conscience, de se repentir et d’œuvrer pour abolir l’esclavage sous toutes ses formes dans les esprits et dans les actes.

Ce sursaut, initié par la société civile avec des personnalités marquantes comme le Pr. Honorat Aguessy, Adrien Ahanhanzo-Glèlè, Roger Gbégnonvi, s’est traduit par une manifestation émouvante et solennelle dite « Marche et Cérémonie du Repentir » qui a eu lieu le dimanche 18 janvier 1998 à Ouidah, et qui a instauré depuis cette date un grand rassemblement annuel le troisième dimanche du mois de janvier dans l’ancienne ville négrière. On lira avec intérêt le petit livre édité par le comité d’organisation à l’occasion de la première manifestation, et qui rassemble l’intégralité des textes ou propos qui ont marqué la première marche et la cérémonie du repentir vis-à-vis des Noirs maltraités, vendus et déportés comme esclaves depuis Ouidah .

Cette initiative a, selon de Pr. Aguessy, un fondement moral : elle est voulue d’abord comme un préalable à l’entrée du Bénin, et de la ville de Ouidah en particulier, dans le xxie siècle, puis comme un devoir de responsabilité éducative. Le Pr. Aguessy écrit en effet : « L’événement du 18 janvier 1998 ouvre une ère nouvelle à l’orée de l’an 2000. À la commande, nous trouvons la société civile conscientisée, qui a jugé indispensable la phase du repentir vis-à-vis de nos sœurs et frères maltraités et vendus comme esclaves au cours des quatre siècles passés. La société civile tient à l’éducation ou plutôt à l’auto-éducation des Africaines et Africains en matière de responsabilité historique. C’est le phénomène essentiel qui apparaît, à savoir : apprendre à assumer des responsabilités collectives et travailler à la réconciliation avec les victimes de l’acte inqualifiable que fut la traite négrière. »

 « L’idée, écrit plus loin Adrien Ahanhanzo-Glèlè, c’est de nous libérer du poids de l’esclavage, condition essentielle à notre libération de tous les autres esclavages dans lesquels il est toujours question de mépriser et de chosifier l’autre, femme ou homme : esclavage de la pensée, esclavage des traditions, esclavage économique et celui de l’argent ; esclavage de la volonté de puissance, esclavage du sexe… L’idée, c’est de purifier nos mœurs et notre pays comme nos pères et nos grands-pères le faisaient, chaque fois qu’ils percevaient dans la Cité et dans la Nature une anomalie, une dysharmonie qui leur ôtaient l’appétit et le sommeil ; alors ils imploraient leurs dieux et se remettaient en cause, afin que chaque chose retrouve sa place pour la paix et le bonheur du peuple… »

Implorer les dieux à travers un véritable acte de contrition, M. Gbégnonvi l’a fait au nom du Comité et de tous les pèlerins, dans la prière qu’il a composée sur le mode des prières de la liturgie vaudou. En voici un extrait :

« Il y a quatre siècles

Tels des enfants s’essayant à un jeu dangereux et interdit

Nous avons joué le jeu de la bête et de l’instinct

Et le jeu est devenu infamie

Nous avons commis l’infamie

D’avoir en toute connaissance et conscience

Maltraité et outragé nos frères et sœurs

Vendu nos frères et sœurs à celui qui fit d’eux des esclaves

Et nous avons compris maintenant

Et nous voici devant Toi rassemblés en ce jour

Pour Te supplier, Te demander de nous pardonner

Te demander aussi

D’obtenir de nos frères et sœurs

Que nous avons maltraités et outragés

Nos frères et sœurs que nous avons vendus

À celui qui fit d’eux des esclaves

Te demander d’obtenir d’eux

De pardonner aussi ; de nous pardonner aussi. »

Outre ces paroles, le comité qui se veut « Mouvement pour le Repentir, le Pardon et la Réconciliation » a posé un acte significatif consistant en l’acquisition d’un terrain presque contigu à la place Zomayi, ce lieu interdit à la lumière où les esclaves étaient parqués avant leur embarcation. Il y est érigé un mémorial faisant symboliquement dos à la sinistre place Zomayi. Les initiateurs l’ont baptisé « Place Zomaci » (littéralement, « la lumière ou le feu purificateur qui ne s’éteint pas »). Cette place est voulue par ses fondateurs comme la sentinelle symbolique de la lutte contre l’esclavage sous toutes ses formes. De cette place, R. Gbégnonvi écrira, le 9 avril 1998, dans le quotidien gouvernemental La Nation : « Le lopin de terre acquis pour être à tout jamais l’humble tabernacle de la dignité et de la fraternité à retrouver fut solennellement baptisé Zomaci : la lumière qui ne s’éteint pas – par opposition à Zomayi : que la lumière n’y aille pas. Les deux endroits se trouvent d’ailleurs côte à côte, à moins que ce ne soit dos à dos. L’histoire n’est donc pas effacée, mais elle est transcendée et le sera. Le souvenir de la chute est toujours là, vivace, mais pour que se dresse désormais face à lui le souvenir noble de la remontée entamée vers la dignité et la fraternité à retrouver avec les nôtres dispersés dans les Amériques et les Caraïbes… » Et c’est là que convergent et aboutissent, tous les troisièmes dimanches du mois de janvier, les pas de tous les pèlerins acquis à la cause du repentir et de la véritable abolition de l’esclavage, celle qui ne se décrète pas sur un papier, mais qui est l’aboutissement d’un cheminement intérieur.

Que retenir de l’histoire de Ouidah ? Édifiant parcours : la ville négrière d’autrefois se veut donc désormais le porte-étendard de la marche vers la rupture avec le passé esclavagiste, rupture à partir d’une humble et sincère reconnaissance de ce passé. Ce que la ville de Ouidah et les Béninois ont fait en décidant de projeter une lumière crue sur leur histoire, en investissant leur tradition orale, l’histoire occultée des lieux significatifs qui furent à la fois témoins et scènes de la traite des Noirs sur « la Côte des Esclaves », en faisant humblement acte de contrition et de résolution symbolique à travers l’initiative de la « Place Zomaci » ne doit souffrir d’aucune ambiguïté. La faute avouée des uns ne saurait absoudre la lourde responsabilité historique des autres :

« Et je me dis Bordeaux et Nantes et Liverpool et

New York et San Francisco

[…] Virginie. Tennessee. Georgie. Alabama.

Putréfactions monstrueuses de révoltes

inopérantes,

marais de sang putrides

trompettes absurdement bouchées

Terres rouges, terres sanguines, terres consanguines. »

Pour tous ces ports et villes qu’évoque le poète martiniquais Aimé Césaire, et qui avec Ouidah partagent cette « consanguinité » historique, quel inventaire et quel avenir ?

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