Le front de la contestation politique reprend de l’ampleur au Togo. Samedi dernier, plusieurs centaines de manifestants ont convergé vers Lomé à l’appel du « Cadre national de consultation pour le changement au Togo » (CNCC), une nouvelle alliance regroupant quatre partis d’opposition et diverses organisations de la société civile. Ce rassemblement marque une rupture avec le calme relatif observé ces dernières années et cristallise les colères contre la Constitution adoptée en 2024. Pour les opposants, cette réforme institutionnelle, qui fait basculer le pays dans un régime parlementaire, n’est qu’une manœuvre destinée à permettre au président Faure Gnassingbé de se maintenir indéfiniment au pouvoir.
Sous l’égide de figures de proue comme Jean-Pierre Fabre, président de l’ANC, les discours ont fermement dénoncé le passage d’un mode de scrutin au suffrage universel direct vers une élection du chef de l’exécutif par le Parlement. Outre la remise en cause de ce nouveau cadre légal, la mobilisation a servi de tribune pour fustiger la dégradation des libertés publiques et la réincarcération jugée arbitraire du militant Honoré Sitsope Sokpor. « Il était important pour le peuple de montrer qu’il tient bon », a martelé David Dosseh, porte-parole du Front des citoyens du Togo debout, soulignant l’urgence de défendre les acquis démocratiques face à ce qu’il qualifie d’abus constitutionnels.
En réponse à cette levée de boucliers, le camp présidentiel maintient sa position en présentant la réforme comme une étape indispensable vers la modernisation des institutions. Selon les partisans du pouvoir, ce changement de régime viserait avant tout à renforcer la représentativité politique au sein du pays. Pourtant, sur le terrain, le climat reste électrique : avec un poste de président du Conseil désormais au cœur du pouvoir exécutif, l’opposition craint que l’actuelle architecture politique ne verrouille définitivement l’alternance au sommet de l’État.
Flora HOUNSOUNOU
