Le paysage politique sénégalais s’apprête à connaître une profonde reconfiguration sous l’impulsion directe du chef de l’État. Lors d’une rencontre hautement stratégique organisée le vendredi 3 juillet 2026, le Président Bassirou Diomaye Faye s’est adressé de manière solennelle aux Maires et élus locaux membres de sa coalition. Au cours de cette audience aux enjeux cruciaux, le Président a officiellement tracé les perspectives de la création prochaine de sa propre formation politique. Cette annonce marque un tournant décisif dans l’affirmation de son leadership et de sa vision à long terme pour le pays, structurant ainsi une nouvelle dynamique autour de sa gouvernance.
Loin de vouloir limiter cette initiative à son cercle initial, le chef de l’État mise sur une politique de large rassemblement pour asseoir sa légitimité nationale. « Beaucoup viendront nous rejoindre », a ainsi martelé Bassirou Diomaye Faye, lançant de fait une grande mobilisation populaire et politique pour accompagner la naissance de ce parti. En s’appuyant directement sur les magistrats municipaux et les forces vives des territoires, le président sénégalais entend bâtir un appareil politique solide, capable de porter durablement ses réformes et de fédérer de nouvelles alliances au-delà des clivages traditionnels.
Flora HOUNSOUNOU
OPINION DE JACOB KONE KATINA
BASSIROU DIOMAYE FAYE, MONSTRE POLITIQUE SILENCIEUX OU LA DÉMONSTRATION PAR NEUF ACTES DE CE QUE SIGNIFIE VRAIMENT TENIR LE POUVOIR
Éloge clinique d’un homme que tout le monde sous-estimait, que Sonko croyait tenir, et qui vient de prouver à la face du Sénégal qu’il n’appartient qu’à lui-même…
Par Jacob Koné Katina, chroniqueur politique
I. LA PAGE BLANCHE OU LE SYMBOLE LE PLUS CHARGÉ DE TOUTE CETTE SÉQUENCE
Dans la politique africaine contemporaine, on observe une rareté absolue : l’homme qui agit avant que les circonstances ne l’y forcent. L’homme qui anticipe. L’homme qui installe le décor de la prochaine scène pendant que les autres jouent encore la scène précédente. L’homme dont les adversaires découvrent, toujours trop tard, qu’ils couraient après une ombre pendant que la substance construisait ailleurs.
Le vendredi 3 juillet 2026, dans les salons du Palais de la République de Dakar, devant 306 maires venus des 14 régions du Sénégal, Bassirou Diomaye Faye a annoncé la création de son propre parti politique. Mais l’annonce en elle-même — aussi lourde de conséquences soit-elle — n’est pas l’essentiel de ce qui s’est passé ce jour-là. L’essentiel est dans le détail que les observateurs pressés ont manqué, et que ceux qui connaissent Faye ont immédiatement reconnu comme sa signature intellectuelle.
La stratégie retenue par le président repose sur le principe de la page blanche : une organisation politique entièrement nouvelle, refusant toute fusion ou absorption des partis existants, afin de garantir l’égalité entre toutes les composantes de la coalition.
La page blanche.
Permettez-moi de m’arrêter sur ce concept avec toute l’attention qu’il mérite. Parce que dans cette formule Faye dit tout ce qu’il y a à comprendre sur sa nature politique profonde.
La page blanche refuse l’héritage encombrant. Elle refuse les vieilles loyautés qui deviennent des contraintes. Elle refuse les anciens équilibres qui sont devenus des prisons. Elle dit : je pars de zéro, sur un terrain vierge, avec les règles que je choisis, pour la destination que je fixe. Elle dit, en filigrane et sans prononcer un nom : je ne suis plus le continuateur de quelqu’un d’autre. Je suis l’auteur de ma propre histoire.
Hegel avait écrit dans la Phénoménologie de l’Esprit que la liberté véritable n’est pas l’absence de contrainte mais la capacité de se déterminer soi-même selon sa propre loi. La page blanche de Faye est cet acte de liberté hégélienne, la liberté du président qui décide, enfin, que son destin politique sera ce qu’il en fait, et non ce que quelqu’un d’autre avait prévu qu’il soit.
Et dans ce geste, discret en apparence, dévastateur dans ses implications, Sonko vient de perdre quelque chose qu’il n’avait pas réalisé tenir : l’illusion de contrôle sur le destin politique de cet homme.
II. LA CHRONOLOGIE DU MONSTRE ÉTAPE PAR ÉTAPE
« Les grands hommes ne naissent pas. Ils se font. Et ils se font toujours dans l’adversité. »
Nelson Mandela, Un long chemin vers la liberté
Permettez-moi de construire maintenant, avec la rigueur du chroniqueur et la patience du stratège, la démonstration que Bassirou Diomaye Faye est un monstre politique. Non pas au sens moral du terme, l’homme est manifestement d’une probité et d’une dignité personnelle qui forcent le respect. Mais au sens que lui donnait Machiavel dans ses analyses les plus froides : un acteur politique d’une efficacité et d’une profondeur stratégique qui dépassent ce que ses contemporains avaient anticipé.
La démonstration procède par actes successifs, chacun plus révélateur que le précédent.
Acte I — La fondation invisible (2014-2022). Quand Ousmane Sonko occupe le devant de la scène politique sénégalaise avec son verbe flamboyant, ses meetings qui remplissent les stades et sa capacité à incarner la résistance contre Macky Sall, Bassirou Diomaye Faye fait autre chose. Il co-fonde le PASTEF en 2014. Il en devient le Secrétaire général entre 2022 et 2024. Il bâtit les structures, rédige les textes, forme les militants, tient la boussole idéologique. Il est l’architecte invisible d’une cathédrale dont Sonko est la flèche visible.
Ce n’est pas de la modestie. C’est de la stratégie. L’homme qui construit les fondations connaît l’édifice mieux que quiconque. Et quand il en devient le propriétaire, il sait exactement où sont les portes secrètes que les visiteurs n’ont pas vues.
Acte II — La prison comme formation (2024). Faye était en prison au moment de sa candidature. Il a gagné une élection présidentielle depuis une cellule. Il prend ses fonctions après avoir été libéré quelques jours avant le scrutin. Il sort de prison non pas avec l’amertume du martyr mais avec la clarté du stratège qui a eu, dans le silence forcé de la détention, le temps de penser ce que les hommes libres n’ont jamais le temps de penser.
La prison est une école pour certains et un tombeau pour d’autres. Pour Faye, elle a été une retraite philosophique forcée, le moment où il a compris, dans la chair et dans le silence, ce que gouverner vraiment signifie, et comment il allait le faire.
Acte III — Le mandat impossible assumé (avril 2024 – mai 2026). Le tandem exécutif a incarné une forme inédite de bicéphalisme, où le chef du gouvernement conservait un poids politique considérable en tant que patron de la formation. Vingt-six mois de cohabitation avec l’homme le plus volcanique de la politique sénégalaise. Vingt-six mois à absorber les provocations, les condescendances, les petit frère dits publiquement avec le sourire de celui qui croit dominer. Vingt-six mois à gouverner malgré l’obstruction, à apprendre malgré la pression, à construire malgré le sabotage.
Pendant ce temps, Faye apprend. Il apprend ce que signifie vraiment tenir un État. Il apprend les dossiers: la dette à 132% du PIB, les négociations avec le FMI, les contrats gaziers et pétroliers, la machine administrative héritée. Il apprend les hommes, lesquels sont loyaux, lesquels calculent, lesquels attendent de voir qui va gagner. Il apprend la géographie du pouvoir réel, qui contrôle quoi, par quels réseaux, avec quelles loyautés.
Et il prépare.
Acte IV — Le décret du 22 mai (2026). Il frappe. Proprement. Constitutionnellement. Sans effusion de colère visible. Sans conférence de presse menaçante. Un décret. Quelques lignes. Sonko est limogé. Le pays découvre qu’en vingt-six mois, pendant que Sonko faisait du bruit, Faye avait tout préparé.
Acte V — Le référendum (juillet 2026). Sonko fait voter sa réforme constitutionnelle à l’Assemblée. Faye envoie au référendum. Sans crier. Sans s’agiter. Avec la tranquillité de celui qui sait que le peuple, consulté directement, lui appartient plus qu’à tout autre.
Acte VI — Les 306 maires (3 juillet 2026). Pendant que Sonko s’égosille à l’hémicycle, Faye réunit 306 maires de toutes les régions du Sénégal et annonce son parti. Il a confié à Aminata Touré, superviseure générale de la Coalition Diomaye Président, la mission de constituer un comité de réflexion chargé d’élaborer, dans les meilleurs délais, les bases organisationnelles et statutaires de cette future formation. Voilà la chronologie du monstre. Voilà la démonstration par les actes. Voilà ce que signifie, concrètement, être un stratège politique de profondeur dans un environnement où la plupart des acteurs jouent à court terme.
III. SONKO A ESSAYÉ DE SE MOQUER DE LUI ET LE RÉSULTAT EST PATHÉTIQUE
« Nul n’est aussi dangereux que l’homme qu’on a sous-estimé. »
Sun Tzu, L’Art de la Guerre
Revenons maintenant sur ce que Sonko a réellement tenté de faire à Bassirou Diomaye Faye depuis le début de cette cohabitation. Parce que l’honnêteté analytique impose de le nommer clairement : Sonko a essayé de se moquer de Faye. De le ridiculiser. De le réduire. De faire de lui, aux yeux du Sénégal et du monde, la preuve vivante que sans Sonko, il n’est rien.
Il a dit notre petit frère à la tribune de l’Assemblée nationale. Avec ce sourire particulier de celui qui croit avoir le dernier mot.
Il a dit qu’est-ce qui est arrivé à notre petit frère Bassirou Diomaye Diakhar Faye ? avec l’incompréhension sincèrement comique de Pygmalion qui ne reconnaît plus sa statue.
Il a insinué, lors de sa conférence de presse du 1er juin, que sans lui — sans sa popularité, sans sa base, sans son transfert de légitimité — Faye ne serait qu’un inconnu sorti du néant.
Il a exigé quinze ministres sur trente. Il a menacé de faire tomber le gouvernement en vingt-quatre heures. Il a dit nous savons ce qui s’est passé avec le mystère de celui qui tient une bombe mais n’ose pas la lâcher.
Et pendant ce temps, pendant tout ce temps, Faye gouvernait. Faye construisait. Faye préparait. Faye conversait avec ses 306 maires. Faye pilotait son comité de réflexion. Faye négociait avec le FMI. Faye signait ses accords.
Et voilà le résultat de la moquerie de Sonko : Faye a son propre parti. Faye a ses 306 maires. Faye a Aminata Touré pour piloter sa nouvelle machine. Faye a le référendum pour valider sa Constitution. Faye a, surtout, la légitimité constitutionnelle suprême, celle que personne, pas même le président de l’Assemblée nationale, ne peut lui ôter.
Pendant que Sonko se moquait, Faye bâtissait. Et le bâtisseur a toujours le dernier mot sur le railleur.
IV. LE MONSTRE SILENCIEUX, ANATOMIE D’UNE INTELLIGENCE TACTIQUE RARE
« La vraie intelligence politique ne se démontre pas dans l’offensive. Elle se démontre dans la capacité à laisser l’adversaire se détruire tout seul. »
Raymond Aron, L’Opium des intellectuels
Je veux maintenant m’arrêter sur ce qui fait de Faye un monstre politique au sens précis et admiratif du terme. Parce que le monstre politique silencieux n’est pas une formule de rhétorique. C’est un diagnostic clinique fondé sur des observations précises.
Première caractéristique du monstre : la patience tactique absolue. Faye n’a pas répondu à une seule provocation de Sonko en public. Pas une. Chaque petit frère dit à la tribune, chaque nous savons ce qui s’est passé insinué à l’hémicycle, chaque qu’est-ce qui lui est arrivé prononcé avec condescendance, Faye a tout reçu. En silence. En silence non pas d’impuissance mais de calcul. Le silence de celui qui sait que chaque provocation non vengée dans l’instant devient une dette qui se bonifie avec le temps.
Clausewitz avait enseigné dans De la Guerre que la défense, bien conduite, est souvent la forme la plus puissante du combat. Faye a pratiqué cette défense active pendant des mois, absorbant les coups, renvoyant les provocations vers le peuple, construisant sa position sans jamais s’abaisser à la querelle personnelle.
Deuxième caractéristique : l’intelligence du timing. Dès mars 2026, Diomaye Faye avait donné de nouvelles orientations à la coalition Diomaye Président, la voulant ouverte et dédiée à la vulgarisation de l’action gouvernementale, ce à quoi Pastef s’opposait. Voyez la chronologie. Trois mois avant le limogeage de Sonko, Faye réorientait déjà sa coalition. Deux mois avant l’annonce de son parti, il préparait le terrain. Chaque geste a précédé chaque événement, non pas réagi à lui.
Ce n’est pas de la chance. C’est de la planification.
Troisième caractéristique : la géographie du pouvoir réel. 306 maires de 14 régions. Comprenez ce que représente cette base. Ce ne sont pas des partisans virtuels, des followers de réseaux sociaux, des militants qui remplissent les stades et rentrent chez eux après les discours. Ce sont des élus locaux. Des hommes et des femmes qui contrôlent des communes, des budgets, des réseaux clientélaires locaux, des machines électorales réelles. Des personnes dont les noms sont connus dans leurs quartiers, dont les décisions affectent la vie quotidienne de milliers de Sénégalais.
Sonko a une armée de meeting. Faye construit une armée d’élections. La différence entre les deux est précisément la différence entre la popularité et le pouvoir.
Quatrième caractéristique : le choix stratégique d’Aminata Touré. Pour conduire ce chantier, il a confié à Aminata Touré, superviseure générale de la Coalition Diomaye Président, la mise en place d’un comité de réflexion chargé de préparer, dans les meilleurs délais, les bases organisationnelles et politiques de cette future formation.
Aminata Touré — ancienne Premier ministre du Sénégal, femme politique aguerrie, figure respectée au-delà des clivages partisans — est un signal politique de première magnitude. Son choix dit trois choses simultanément : Faye veut un parti de compétences, pas un parti de fidèles. Il veut une structure qui dépasse le cercle étroit de ses militants d’origine. Et il veut envoyer au Sénégal entier un message d’ouverture que la page blanche formule déjà implicitement.
V. IL N’EST PAS LÀ POUR JOUER IL EST LÀ POUR LE SÉNÉGAL
« Il y a ceux qui gouvernent pour durer. Et ceux qui durent parce qu’ils gouvernent vraiment. »
Charles de Gaulle, Mémoires d’espoir
Face aux amusements égoïstes de Sonko — les conférences de presse vindicatives, les petit frère condescendants, les réformes constitutionnelles taillées sur mesure pour reconstituer le pouvoir perdu, les nous savons insinuants — Faye a opposé quelque chose de simple, de radical, de déconcertant pour un adversaire qui ne comprend que la confrontation directe.
Il a gouverné.
Pas spectaculairement. Pas bruyamment. Mais réellement, quotidiennement, dossier par dossier, accord par accord, rendez-vous diplomatique par rendez-vous diplomatique. Faye a été invité à la Maison Blanche pour une réunion entre le président Donald Trump et divers dirigeants africains en juillet 2025. Lors de la réunion, Faye a félicité Trump pour sa capacité à résoudre les crises et ses talents de golfeur, et a rassuré les investisseurs américains sur la stabilité politique du Sénégal. Lisez cette information avec toute l’attention qu’elle mérite. Faye — cet homme que Sonko présentait comme son petit frère mal orienté par de mauvais conseillers — reçoit une invitation à la Maison Blanche. Il rencontre le président américain. Il rassure les investisseurs internationaux sur la stabilité du Sénégal. Il joue sa partition sur la scène mondiale avec la décontraction de celui qui sait exactement où il est et pourquoi il y est.
Après, Sonko viendra à l’hémicycle demander qu’est-ce qui lui est arrivé ?
Ce qui lui est arrivé, c’est qu’il est allé à Washington pendant que vous parliez de lui à Dakar.
C’est la différence entre un homme qui gouverne et un homme qui commente. Entre un homme d’État et un homme de perchoir. Entre quelqu’un qui est là pour le Sénégal et quelqu’un qui est là pour lui-même.
VI. LA PAGE BLANCHE COMME MESSAGE POLITIQUE TOTAL
« Ce qui caractérise le grand stratège, c’est sa capacité à transformer chaque contrainte en ressource. »
Niccolò Machiavel, Le Prince
Revenons sur ce principe de la page blanche que Faye a choisi pour son parti parce qu’il mérite une analyse beaucoup plus profonde.
La réforme constitutionnelle adoptée par Sonko le 29 juin contenait une disposition particulièrement ciblée : l’interdiction pour le président de la République de diriger simultanément un parti politique.
Sonko avait cru piéger Faye avec cette disposition. Il avait pensé : si la réforme passe, Faye ne pourra pas créer son parti sans violer la nouvelle Constitution. C’est le piège parfait, utiliser la loi fondamentale pour interdire à son adversaire de construire sa base politique.
Faye a répondu à ce piège en deux temps d’une élégance que j’ai rarement vue dans la politique africaine.
Premier temps : il refuse la réforme et envoie au référendum, neutralisant ainsi la contrainte constitutionnelle avant qu’elle ne soit formellement opposable.
Deuxième temps : il annonce son parti immédiatement, sans attendre l’issue du référendum, dans la fenêtre où les règles constitutionnelles actuelles s’appliquent encore.
Il a traversé le piège avant que le piège ne se referme. Il a créé son parti dans la fenêtre de légalité absolue que Sonko lui avait laissée par excès de confiance dans sa propre manœuvre.
Machiavel n’aurait pas pu imaginer plus parfait. L’adversaire a creusé la fosse. La victime désignée a sauté par-dessus. Et maintenant c’est l’adversaire qui risque de tomber dedans.
VII. LES SCEPTIQUES FACE À L’ÉVIDENCE
« La réalité est têtue. Elle finit toujours par s’imposer à ceux qui avaient décidé de ne pas la voir. »
Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique
Il y a parmi les observateurs de la scène politique sénégalaise une catégorie d’hommes que cette séquence doit particulièrement faire réfléchir : les sceptiques. Ceux qui, depuis mars 2024, ont affirmé que Faye n’était qu’une marionnette de Sonko. Que sans Sonko, il n’existerait pas. Que Diomaye mooy Sonko était plus qu’un slogan de campagne, que c’était une réalité ontologique dont Faye ne pourrait jamais s’affranchir.
Ces hommes ont eu deux ans pour observer. Ils ont vu Faye gouverner sous la pression permanente d’un ego volcanique. Ils l’ont vu tenir. Ils l’ont vu apprendre. Ils l’ont vu limoger Sonko avec la sécheresse d’un décret bien rédigé. Ils l’ont vu envoyer la réforme au référendum. Ils l’ont vu réunir 306 maires. Ils l’ont vu annoncer son parti.
Et certains disent encore c’est Sonko qui l’a fait.
Ces hommes-là — je le dis avec la bienveillance que mérite leur obstination — confondent l’origine et la destination. Oui, Sonko a contribué à porter Faye au pouvoir. Oui, le slogan Diomaye mooy Sonko a servi la campagne. Mais l’homme qui a utilisé Sonko pour accéder au pouvoir et qui ensuite construit son propre destin politique est fondamentalement différent de la marionnette que Sonko pensait avoir installée.
Faye n’est pas le résultat de Sonko. Faye est le produit de lui-même, de sa discipline intellectuelle construite dans les bureaux de la Direction des impôts, de sa rigueur organisationnelle forgée dans dix ans de construction du PASTEF, de sa patience stratégique développée dans les prisons de Macky Sall.
Sonko était le vent qui a porté la graine. Faye est l’arbre qui a poussé. Et l’arbre n’appartient pas au vent qui l’a semé.
VIII. L’INTELLIGENCE DIPLOMATIQUE CE QUE LE MONDE VOIT QUE SONKO REFUSE DE VOIR
« La diplomatie est l’art de laisser les autres faire ce qu’on veut qu’ils fassent en croyant que c’est leur idée. »
Talleyrand
Les partenaires internationaux du Sénégal, notamment Paris, Bruxelles, Abou Dhabi et Pékin, observeront avec attention cette recomposition. Depuis son investiture, Bassirou Diomaye Faye a multiplié les signaux d’ouverture économique tout en réaffirmant une ligne souverainiste. Une clarification du leadership politique interne pourrait rassurer les investisseurs sur la lisibilité de l’exécutif dakarois.
Ce passage mérite qu’on s’y arrête longuement. Parce qu’il dit quelque chose d’essentiel que la polémique locale fait oublier : le Sénégal de Faye est regardé par le monde. Et ce que le monde voit — Paris, Bruxelles, Abou Dhabi, Pékin, Washington — n’est pas le Sénégal du petit frère condescendu à l’hémicycle. C’est le Sénégal d’un président qui tient son cap dans la tempête, qui maintient ses engagements économiques, qui rassure ses partenaires, qui gouverne avec méthode dans un contexte de tensions politiques internes sévères.
Ce que les investisseurs internationaux voient dans la création du parti de Faye, c’est la lisibilité. La clarification du leadership. La fin d’une ambiguïté qui durait depuis mars 2024 — qui commande vraiment au Sénégal ? — et dont la résolution en faveur du titulaire constitutionnel est précisément la réponse que les marchés, les partenaires économiques et les chancelleries attendaient.
Sonko, depuis son perchoir, voit la politique comme une lutte pour le contrôle de l’espace interne sénégalais. Faye voit la politique comme la gestion d’un État ouvert sur le monde, dont la crédibilité externe est une ressource nationale précieuse qu’aucune guéguerre d’egos ne doit entamer.
C’est la différence entre un homme de la rue et un homme d’État. C’est la différence entre quelqu’un qui joue pour la galerie locale et quelqu’un qui gouverne pour l’histoire longue.
IX. L’INCLINAISON, CE QUE CETTE SÉQUENCE NOUS OBLIGE À RECONNAÎTRE
« La grandeur politique ne réside pas dans le coup d’éclat. Elle réside dans la constance du service rendu dans les conditions les plus difficiles. »
Léopold Sédar Senghor, Liberté I
Je veux maintenant faire ce que le chroniqueur honnête doit faire dans ces moments, s’incliner. Non pas par servilité, non pas par complaisance, mais par reconnaissance de quelque chose d’authentiquement remarquable que l’analyse lucide ne peut pas ne pas saluer.
Bassirou Diomaye Faye vient d’accomplir, en l’espace de 44 jours — du 22 mai au 4 juillet 2026 — une séquence politique d’une cohérence et d’une efficacité que peu d’hommes auraient réussi à tenir dans les mêmes conditions.
Il a limogé son Premier ministre encombrant avec la clarté constitutionnelle d’un acte maîtrisé. Il a nommé un gouvernement technocrate de qualité en 48 heures. Il a absorbé sans broncher l’élection de Sonko au perchoir. Il a renvoyé la réforme constitutionnelle au référendum sans conférence de presse vindicative. Il a annoncé son parti devant 306 maires de toutes les régions du pays. Il a choisi Aminata Touré pour piloter la task force. Il a maintenu ses contacts avec le FMI. Il a gouverné.
Tout cela. En 44 jours. Sans une seule déclaration publique visant Sonko par son nom. Sans une seule réponse aux provocations de l’hémicycle. Sans un seul faux pas visible.
Si bilan positif il y a — et tout indique que Faye a la vision, la méthode et maintenant l’infrastructure politique pour construire ce bilan — rien ne l’empêchera de solliciter démocratiquement un second mandat.
Et ce second mandat-là — s’il vient — ne sera pas le mandat du petit frère que Sonko croyait avoir installé. Ce sera le mandat de l’homme qui s’est construit lui-même, dans l’adversité, contre les prédictions de ceux qui ne croyaient pas en lui, et malgré les manœuvres de celui qui pensait le tenir.
Ce sera le mandat de Bassirou Diomaye Faye. Tout entier. Rien que lui.
X. ÉPILOGUE, LA LETTRE QUE SONKO DEVRAIT LIRE MAIS NE LIRA PAS
« On reconnaît les grands hommes trop tard. L’histoire leur rend justice, presque toujours après qu’il était urgent de la leur rendre. »
Jean Jaurès
Monsieur Sonko,
Je vous interpelle encore. Votre petit frère vient de créer son parti. Avec 306 maires. Avec Aminata Touré. Avec le principe de la page blanche. Avec la méthode tranquille de celui qui n’a pas besoin de crier pour être entendu.
Vous aviez dit qu’est-ce qui lui est arrivé ?
Je vais maintenant vous répondre définitivement. Ce qui lui est arrivé, c’est ceci : il a gouverné pendant que vous parliez. Il a construit pendant que vous menaciez. Il a préparé pendant que vous improvisiez. Il a bâti sa base pendant que vous rêviez de reprendre la vôtre.
Ce qui lui est arrivé, c’est qu’il a prouvé — non pas à ses partisans, non pas à ses alliés, mais à vous, précisément à vous qui le sous-estimiez — qu’il n’a jamais eu besoin de votre permission pour être ce qu’il est.
Il était secrétaire général du PASTEF quand vous faisiez les meetings. Il était l’architecte quand vous étiez la façade. Il était la substance quand vous étiez la forme. Et maintenant qu’il a la présidence, il est simplement lui-même, sans vous, malgré vous, au-delà de vous.
Le monstre politique silencieux ne rugit pas. Il construit.
Et ce matin, en cette journée du 3 juillet 2026, il vient de poser la première pierre de l’édifice qui vous survivra politiquement.
Comprenne qui pourra.
Jacob Koné Katina
Chroniqueur politique, Bingerville, Côte d’Ivoire
5 juillet 2026
