Déclaré inéligible par le tribunal, Marine Le Pen estime que « le système a sorti la bombe nucléaire ». En effet, la justice a lourdement condamné plusieurs cadres du Rassemblement national (RN) lundi dans l’affaire dite des « assistants parlementaires européens du FN ». Au premier rang d’entre eux, la candidate déjà à trois reprises à la présidentielle française, Marine Le Pen, désormais frappée d’inéligibilité. Dans la soirée de cette décision difficile pour le RN, elle était l’invitée du journal de 20 heures de TF1. Elle n’a pas marché ses mots pour exprimer son état d’âme face à ce verdict qui apparaît comme un séisme politique en France.
Avec cette décision, le chemin vers l’Élysée est plus étroit que jamais pour Marine Le Pen : condamnée lundi à 4 ans de prison dont deux ferme (sous bracelet électronique), la cheffe de file des députés RN écope aussi d’une peine d’inéligibilité de 5 ans avec exécution immédiate. Elle a fait appel, mais même en cas de jugement plus favorable, les délais s’annoncent longs. Dans cette affaire des assistants parlementaires du FN, la justice a condamné 24 des 25 coprévenus, plus le Rassemblement national.
De nombreux responsables politiques français comme européens et occidentaux, lui ont apporté leur soutien, estimant que cette condamnation était antidémocratique. A l’inverse, plusieurs responsables de gauche ont rappelé que personne n’est au-dessus de la loi.
Invitée hier soir du journal de 20 heures de TF1, Marine Le Pen a promis qu’elle n’allait « pas se laisser éliminer » et a regretté que l’Etat de droit soit « totalement violé » dans ce dossier.
Lors d’une conférence de presse commune avec Jordan Bardella à l’Assemblée nationale, Marine Le Pen estime que « le système a sorti la bombe nucléaire parce que nous sommes sur le point de gagner les élections ».
Selon des participants au petit-déjeuner du « socle commun » à Matignon, cités par BFM TV et Le Parisien, François Bayrou s’est dit « gêné » par le jugement à l’encontre de Marine Le Pen. Concernant l’inéligibilité immédiate contre la cheffe de file du RN, le Premier ministre a, toujours selon des députés, estimé que « la France est le seul pays où on fait ça ».
La condamnation de Marine Le Pen a fait le tour du monde et ils sont nombreux à avoir réagi : de Vladimir Poutine à Elon Musk en passant par Viktor Orban et Donald Trump.
Le Kremlin affirme que la France « viole les principes démocratiques ». Viktor Orban écrit « Je suis Marine ». Elon Musk accuse « la gauche radicale » d’ »abuser du système juridique pour emprisonner ses opposants ».
Certains par contre pensent que, Marine Le Pen paye aussi aujourd’hui certaines complaisances poutiniennes passées, son flirt trumpien, ou ses amitiés orbanesques.
La presse à l’international réagit à la condamnation de Marine Le Pen. Pour le New York Times, l’enjeu de ce procès dépassait la personne de Marine Le Pen et ce jugement est « un test pour la démocratie française ainsi que pour l’État de droit ».
Aux États-Unis, la « décision politiquement explosive » a suscité des comparaisons avec Donald Trump, lui aussi confronté à la justice alors qu’il tentait d’accéder aux plus hautes fonctions de l’État. « Le Pen a présenté le dossier contre elle comme une chasse aux sorcières, faisant écho au langage utilisé par le président américain Donald Trump dans les procédures judiciaires contre lui », commente notamment CNN. Et si « elle a pris soin de ne pas soutenir le trumpisme trop ouvertement sachant qu’il est très impopulaire en France », constate The Washington Post, « comme Trump […], Le Pen se dit la victime d’un État profond cherchant à empêcher son mouvement d’accéder à la plus haute charge de l’Etat.
The Wall Street Journal anticipe quant à lui que cette décision va apporter « de l’eau au moulin des officiels de l’administration Trump, dont le vice-président J. D. Vance et Elon Musk, qui, faisant fi de l’enquête elle-même, accusent « l’Europe d’étouffer la démocratie en essayant de cloisonner les partis d’extrême droite ».
Ce procès avait tout pour faire « éclater une crise politique majeure alors que la Ve République montre de plus en plus de signes d’essoufflement », estime de son côté The New York Times. Pour le journal américain l’enjeu dépassait la personne de Marine Le Pen et ce jugement est « un test pour la démocratie française ainsi que pour l’État de droit ».
« Un jugement qui laissera des traces dans le paysage politique français », pour le quotidien espagnol El País ; « un événement colossal pour la vie politique française », selon le quotidien britannique The Guardian… : « La décision a le potentiel de bouleverser le paysage politique français », analyse aussi NBC, qui rappelle que Marine Le Pen, favorite pour 2027, a transformé la formation d’extrême droite en une « force politique populaire ».
Et maintenant ? « Le RN pourrait-il être tenté de mettre le feu au paysage politique français, voire plus largement parmi ses sympathisants, lui qui joue l’apaisement depuis plusieurs mois ? », s’interroge le journal suisse Le Temps. Marine Le Pen pourrait demander au RN de « faire du grabuge » en renversant le gouvernement de François Bayrou, suppose aussi le New York Times.
Pour le quotidien allemand Bild, ce « tremblement de terre politique » a en tout cas « contrecarré le projet de prise de pouvoir du RN ». Et « tous les regards se tournent soudainement vers Jordan Bardella », que le parti imaginait jusque-là devenir le Premier ministre d’une Marine Le Pen présidente de la République en 2027.
Mick de BADAR
(Sources internet)
