Le Président de la junte malienne a limogé mercredi son Premier ministre, après des mois de tensions. Une décision qui accentue certainement l’instabilité politique de ce pays.
En septembre 2021, devant les Nations unies, Choguel Maïga avait dénoncé avec force l’« abandon en plein vol » du Mali par la France, après l’annonce du retrait de la force Barkhane, marquant un tournant dans le discours du pays sur ses partenariats stratégiques.
Tous les observateurs de la vie politique malienne s’y attendaient : Choguel Kokalla Maïga, Premier ministre civil, a été limogé mercredi avec l’ensemble de son gouvernement. Cette annonce, confirmée par un décret lu à la télévision nationale par le secrétaire général de la présidence de la République, Alfousseyni Diawara, marque un tournant dans une transition déjà fragilisée. La junte militaire, aux commandes du pays depuis 2020, met ainsi fin à une cohabitation marquée par des tensions croissantes et des critiques publiques du désormais ex-chef du gouvernement contre les militaires au pouvoir. « Le Premier ministre d’un pays ne peut pas apprendre dans les médias que les élections ont été reportées. C’est à la télé que les ministres ont appris que les élections avaient été reportées », avait-il notamment déclaré.
Une séparation inéluctable
La destitution de Choguel Kokalla Maïga intervient seulement quatre jours après des déclarations publiques où il critiquait frontalement le rôle prépondérant des militaires dans la transition. En dénonçant son exclusion des processus décisionnels et en mettant en garde contre « le spectre de la confusion » qui plane sur cette période, l’ancien Premier ministre a franchi une ligne rouge dans un contexte politique étroitement contrôlé. Ces propos audacieux, rares dans un paysage dominé par la junte, ont précipité la fin de sa collaboration avec les généraux au pouvoir au Mali.
Nommé en 2021 après le second coup d’État de la junte, Choguel Maïga, âgé de 66 ans, formé en télécommunications en Union soviétique dans les années 1970, avait été choisi pour apporter une caution civile à un régime militaire cherchant à légitimer sa rupture avec la France et son rapprochement avec la Russie. Ancien ministre à plusieurs reprises et trois fois candidat à la présidentielle (2002, 2013 et 2018), il était une figure de proue du Mouvement du 5-Juin/Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP), une coalition hétérogène qui a catalysé la contestation contre l’ancien président Ibrahim Boubacar Keïta, renversé lors d’un premier coup d’État en août 2020.
Une transition en crise
La junte malienne, sous la direction du général Assimi Goïta, maintient fermement les rênes du pouvoir depuis 2020, malgré des pressions intérieures et internationales croissantes pour rétablir un régime civil. Dans un Mali confronté à une insécurité croissante due au djihadisme et à une crise socio-économique aiguë, l’engagement initial d’organiser des élections en mars 2024 semble de plus en plus illusoire, aucune nouvelle date n’ayant été annoncée. L’éviction de Choguel Maïga s’inscrit dans cette dynamique de resserrement du contrôle par la junte, qui cherche à écarter toute opposition interne. Les généraux influents, tels que Sadio Camara, ministre de la Défense, et Ismaël Wagué, ministre de la Réconciliation, demeurent des figures clés du gouvernement, incarnant la continuité et la consolidation de la domination militaire. Ce contexte renforce l’incertitude politique, dans un pays en quête d’une stabilité toujours hors de portée.
Choguel Kokalla Maïga s’était imposé comme une figure marquante de la transition malienne en dénonçant, dès 2021 aux Nations unies, l’« abandon en plein vol » par la France, après l’annonce du retrait de la force Barkhane. Ce discours, emblématique du pivot stratégique vers la Russie et du recours au groupe paramilitaire Wagner, avait renforcé son poids symbolique. Cependant, son influence n’a cessé de s’éroder face aux militaires. Ses critiques récentes contre le maintien prolongé de la junte au pouvoir, son approbation en juin d’un texte s’opposant à cette prolongation et les condamnations judiciaires de ses proches ont accentué son isolement. Le Premier ministre, jadis figure de proue du régime, est devenu une cible de choix, ses positions divergentes venant heurter les ambitions des militaires au pouvoir.
Ce limogeage soulève des questions sur l’avenir de la transition au Mali. Si certains analystes voient dans les récentes critiques de M. Maïga un repositionnement personnel stratégique et risqué en tant qu’opposant en vue d’une éventuelle candidature présidentielle, reste que les accusations récentes portées contre lui par des organisations pro-junte – notamment celles de « haute trahison » et de « déstabilisation » – mettent en lumière une autre épée de Damoclès suspendue au-dessus de sa tête. Dans un Mali où les opposants sont régulièrement confrontés à des détentions arbitraires ou des poursuites judiciaires, Choguel Maïga pourrait être la prochaine cible. Ce mercredi 20 novembre, des organisations de la société civile malienne étaient mobilisées pour dénoncer le maintien en détention de onze anciens ministres et dirigeants de partis politiques arrêtés le 20 juin dernier à Bamako. Leur demande de libération provisoire, acceptée par le juge, a été rejetée par le parquet.
De son côté, la junte devra désormais composer avec un contexte marqué par des attentes populaires croissantes, une insécurité persistante et une pression internationale pour clarifier le calendrier électoral.
C’est finis donc la collaboration le Premier ministre Choguel Maïga et la Junte militaire au pouvoir au Mali. Quelle sera la suite ? On verra bien.
Mick de BADAR
( sources internet)