Sortant d’un silence pesant depuis son éviction surprise de la primature le 22 mai dernier, le nouveau président de l’Assemblée nationale a orchestré un grand déballage médiatique ce mardi 2 juin lors d’une conférence de presse mémorable à Dakar. Sans détour, le leader du Pastef a acté le divorce politique avec le chef de l’État en officialisant la non-participation de sa formation au tout nouveau gouvernement de trente membres dirigé par le technocrate Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô. Fort d’une majorité écrasante de 130 députés sur 165, Sonko a fustigé une offre ministérielle « dérisoire » de sept portefeuilles sans aucun ministère de souveraineté, révélant que le président Faye avait tenté de contourner la direction du parti en démarchant individuellement ses cadres, une démarche jugée inacceptable pour le chef des patriotes qui considère que le Pastef compte désormais « zéro ministre » dans cet exécutif.
Au cours de ce grand oral, l’ex-Premier ministre a longuement détaillé les coulisses de sa brutale éviction, une rupture unilatérale dont l’initiative revient, selon lui, entièrement au président de la République. Ousmane Sonko a affirmé avoir proposé à plusieurs reprises de se retirer stratégiquement vers le perchoir de l’Assemblée après le raz-de-marée des législatives, essuyant à chaque fois des refus d’un chef de l’État qui feignait de vouloir le garder à ses côtés. Le récit des événements de la fin d’après-midi du 22 mai dépeint une séparation chaotique, conclue par un simple message téléphonique à 20h35 annonçant la lecture imminente du décret de limogeage, sans qu’un délai de transition ordonnée n’ait pu être accordé. Désavouant nommément les figures du parti restées au gouvernement pour leur propre compte, le président du Parlement a mis en lumière quatre profonds désaccords programmatiques qui minaient le duo exécutif : la gestion de la crise de la dette face au FMI, le pouvoir d’achat, la lenteur de la renégociation des contrats stratégiques et l’enlisement des réformes judiciaires.
Malgré la violence du choc politique et la capacité arithmétique évidente du Pastef à renverser le cabinet Lô en soixante-douze heures, Ousmane Sonko a exclu le recours à une motion de censure immédiate, invoquant le sens des responsabilités face à des investisseurs internationaux déjà frileux depuis les révélations sur la sous-déclaration de la dette nationale. Tout en invitant fermement le nouveau Premier ministre à rester à sa place de technocrate et à ne pas s’immiscer dans l’arène politique, le leader de la majorité législative a averti que le Sénégal entrait de fait dans une ère de cohabitation institutionnelle incontournable, semblable aux équilibres des mandats de mi-temps américains. En appelant ses militants au calme face aux vagues de provocations et d’arrestations, Sonko a d’ores et déjà projeté son parti vers l’avenir en fixant un premier congrès national le 6 juin prochain, une démonstration de force cruciale en vue des scrutins locaux de 2027 et de l’élection présidentielle de 2029.
Flora HOUNSOUNOU
