Les comités d’experts béninois et nigériens ont achevé, ce dimanche 21 juin 2026 à Cotonou, deux jours de travaux conjoints intensifs consacrés aux conditions de réouverture de leur frontière commune. Présidée par le général de division Mohamed Toumba, ministre d’État nigérien de l’Intérieur, et par Olushegun Adjadi Bakari, ministre béninois de l’Intégration africaine, cette rencontre de haut niveau a permis aux deux délégations de s’accorder sur plusieurs points stratégiques. Le rapport final et les conclusions de ces discussions vont désormais être soumis pour validation aux chefs d’État des deux nations, Romuald Wadagni et le général Abdourahamane Tiani. Malgré cette avancée majeure, aucune date de reprise effective du trafic n’a encore été annoncée, Niamey maintenant deux exigences sécuritaires préalables et jugées non négociables avant toute levée définitive des barrières.
La présence à Cotonou du général Toumba, figure clé du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) au Niger, constitue la première démarche officielle de ce rang sur le sol béninois depuis le début de la crise diplomatique. Ce déplacement amorce une décrispation amorcée le 2 juin dernier lors de la visite officielle du président béninois Romuald Wadagni à Niamey, seulement neuf jours après son investiture. Les deux dirigeants avaient alors jeté les bases de ce dialogue en adoptant un communiqué en neuf points et en instaurant ce comité d’experts, dont le premier cycle de travaux unilatéraux s’était clôturé le 16 juin avant la synthèse collective de ce week-end dans la capitale économique béninoise.
La frontière de 280 kilomètres demeure close depuis près de trois ans, suite à l’alignement initial du Bénin sur les sanctions de la Cédéao après le renversement du président Mohamed Bazoum. Si Cotonou a depuis levé ses restrictions, le Niger avait choisi de maintenir ses barrières, plongeant les relations bilatérales dans une impasse qui a lourdement pénalisé le commerce transfrontalier, notamment sur l’axe névralgique Malanville-Gaya. Le point d’orgue de ce contentieux s’est cristallisé autour du gigantesque pipeline de 2 000 kilomètres reliant les gisements pétroliers nigériens d’Agadem au terminal béninois de Sèmè-Kpodji, un investissement de six milliards de dollars crucial pour l’exportation du brut nigérien. Bien que le sort de cette infrastructure n’apparaisse pas explicitement dans les comptes-rendus officiels, l’avenir du pétrole et la relance du transit vers le port de Cotonou restent les véritables moteurs économiques de cette négociation, désormais suspendue à la réponse que le Bénin apportera aux garanties sécuritaires exigées par son voisin.
Flora HOUNSOUNOU
