Présidence de la Commission de la CEDEAO : Le Sénégal sort le grand jeu (Dakar lance une offensive diplomatique pour imposer le général Birame Diop)

Dakar sort le grand jeu diplomatique. Engagé dans une offensive de charme sans précédent en Afrique de l’Ouest, le Sénégal multiplie les consultations pour installer le général Birame Diop à la présidence de la Commission de la Cédéao. Après avoir fait escale à Freetown et à Abidjan, le ministre sénégalais des Affaires étrangères, Cheikh Niang, a déposé ses valises à Lomé, où il a été reçu en audience par le président du Conseil togolais, Faure Essozimna Gnassingbé. Porteur d’un message personnel du président Bassirou Diomaye Faye, l’émissaire sénégalais est venu présenter officiellement le profil de l’officier supérieur et s’assurer du précieux soutien de la diplomatie togolaise pour ce mandat crucial de 2026-2030.

Cette tournée au pas de charge intervient à un moment charnière pour l’organisation communautaire, alors que le Sénégal s’apprête à franchir un cap historique. Désigné lors du sommet d’Abuja en décembre 2025 pour prendre la tête de l’organe exécutif de la Cédéao — une première pour le pays depuis la création de l’institution —, Dakar veut désormais verrouiller le consensus autour de son candidat. À Abidjan, quelques heures plus tôt, Cheikh Niang et le général Diop lui-même s’étaient déjà entretenus avec le vice-président ivoirien, Tiémoko Meyliet Koné, pour solliciter l’aval de la Côte d’Ivoire avant la prochaine Conférence des chefs d’État et de gouvernement. Le marathon avait débuté le 6 juin à Freetown auprès du président sierra-léonais Julius Maada Bio, président en exercice sortant de l’organisation.

Au-delà de la simple attribution des postes, c’est une véritable reconfiguration de l’influence sénégalaise qui se joue en coulisses. Le général Birame Diop est vendu par Dakar comme l’homme de la situation, capable de redynamiser une Cédéao en perte de vitesse, engluée dans des crises politiques et des défis sécuritaires sahéliens majeurs. Les observateurs pointent d’ailleurs du doigt un scénario inédit : si le président Bassirou Diomaye Faye venait à être désigné pour succéder à la Sierra Leone à la présidence en exercice de la Conférence, le Sénégal cumulerait alors la direction politique et la gestion exécutive de la Cédéao, s’offrant un leadership absolu sur la région.

À l’issue de son entretien avec Faure Gnassingbé, le chef de la diplomatie sénégalaise s’est félicité de la convergence de vues et de l’excellence des relations qui unissent Lomé et Dakar depuis les indépendances. En se tournant vers des alliés historiques comme le Togo, la Côte d’Ivoire et la Sierra Leone, le Sénégal sécurise méthodiquement ses arrières. Cette stratégie de consensus par le haut vise à s’assurer qu’au moment du sommet décisif, la validation du général Diop ne soit plus qu’une simple formalité protocolaire pour une sous-région en quête de stabilité.

Flora HOUNSOUNOU

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