Nouveau livre de Moukaram A.M. BADAROU : ÉCHEC DES PARTIS POLITIQUES (Les réformes étaient nécessaires, des efforts restent à faire, soutient l’auteur qui a à son actif plusieurs ouvrages)

Moukaram A.M. Badarou, homme politique et essayiste a publié dans la même période, en début de l’année 2025 , deux ouvrages à savoir : le premier, LE TALONISME, un modèle de développement pour l’Afrique, le second ÉCHEC DES PARTIS POLITIQUES, les réformes étaient nécessaire, des efforts restent à faire.
Dans sa parution numéro 1162 du 04 mars 2025, votre journal a traité en manchette le cas de l’ouvrage portant sur LE TALONISME, dans la parution de ce jour, nous traitons le cas du second qui parle de l’ECHEC DES PARTIS POLITIQUES. Dans ce dernier ouvrage, Moukaram A.M. Badarou traite le sujet relatif à l’échec des partis politiques dans le processus démocratique en Afrique , le cas du Bénin où il estime que trente cinq (35) après la conférence nationale, la situation des Partis politiques n’est pas du reluisante. Près de trois cents (300) formations politiques où la plus part sont sans idéologies et sans réelles convictions auprès des militants. Il fait observer que les Partis politiques n’ont pas d’envergure nationale et sont pour la plupart confiné dans de département, commune, arrondissement et parfois même juste quelques villages. Il constate que depuis l’historique conférence nationale, aucun Parti politique n’a réussi à faire élire un de ses membres Président de la République. Face à ce malheureux tableau, il apprécie à sa juste valeur les réformes initiées par le régime en place pour assainir le système partisan qui a cours dans le pays. Il pointe de doigt que malgré ses réformes, des efforts restent à faire.
Dans la l’avant propos de cet ouvrage il écrit : « A la fin de la transition issue des décisions de la conférence nationale des forces vives tenue en février 1990, le peuple béninois a adopté une nouvelle constitution le 02 décembre 1990 par referendum à 96,9%. Le 11 décembre 1990, le Président de la République, Mathieu Kérékou promulgue la loi n° 90-32 du 11 décembre 1990 portant Constitution de la République du Bénin qui a consacré la démocratie comme mode de fonctionnement politique de ce pays. Cette loi fondamentale, révisée en 2019, dispose en son article 05 que : « Les partis politiques concourent à l’expression du suffrage. Ils se forment et exercent librement leurs activités dans les conditions déterminées par la Charte des partis politiques. ». Bien avant, il y a eu la loi N° 90-010 du 13 août 1990 portant charte des partis politiques qui a été adoptée pour servir de cadre juridique à toute création et au fonctionnement des partis politiques. Elle a été modifiée plusieurs fois. Sa dernière modification a donné naissance à la loi n° 2019-41 modifiant et complétant la loi n° 2018-23 du 17 septembre 2018 portant charte des partis politiques en République du Bénin.
Au regard de toutes ces dispositions constitutionnelles et réglementaires et profitant de l’euphorie du lendemain du monolithisme politique, les partis politiques ont été créés à tout vent. Conséquence directe de cet état de chose, le pays s’est retrouvé avec près de trois cents partis politiques. Une vraie inflation partisane qui a entraîné l’existence de partis politiques sans une base réelle et sans assise nationale. Des partis qui ne couvraient qu’un seul département, une seule commune ou même un seul arrondissement. Parfois même, des partis n’existent que de noms et beaucoup d’entre eux sont sans idéologie et sans militants complètement acquis à la cause du parti. Avec le temps, la démocratie béninoise s’est retrouvée prisonnière de cette situation qui n’a pas manqué d’affecter négativement le développement socio-économique du pays. Les acteurs politiques se marchent sur les pieds et n’arrivent pas à s’entendre sur l’essentiel. A chaque fois où ils doivent faire preuve d’une certaine capacité politique ou d’une certaine cohérence dans les prises de position, ils ratent le coach et se font ravir la vedette par des outsiders, des personnalités non militantes de partis politiques. C’est le cas déjà en 1991, à l’occasion des premières élections présidentielles du renouveau démocratique, l’ancien haut fonctionnaire de la Banque mondiale, Nicéphore Soglo est élu au détriment des responsables politiques mais n’a fait qu’un seul mandat. C’est le cas en 1996 avec le retour du Général Mathieu Kérékou au pouvoir et ce, pour deux mandats consécutifs. C’est aussi le cas en 2006, avec l’arrivée du banquier, Boni Yayi à la magistrature suprême et ce, pour deux mandats consécutifs aussi. C’est encore le cas en 2016, avec l’arrivée au pouvoir de l’homme d’affaires, Patrice Talon et là aussi pour deux mandats consécutifs. Jamais donc, un parti politique ou un groupe de partis politiques n’a réussi à faire élire un Président de la République. Un échec cuisant pour les partis politiques. Un échec qui a fini par gripper la machine démocratique du Bénin. Ce malheureux constat et la nécessité d’une solution viable pour donner un second souffle à la démocratie béninoise ont motivé mes recherches il y a quelques années, en mai 2018 précisément. A l’occasion, après le diagnostic tel que fait sommairement plus haut, je proposais comme solutions, deux choses à savoir :
– la révision du cadre juridique en prenant en compte la réorganisation du système de financement des activités des partis politiques ;
– l’ancrage social des partis politiques.
Nous sommes en 2024, ces propositions ci-dessus faites en 2018 ont trouvé de larges réponses dans les textes législatifs pris en partie vers la fin de l’année 2018 avec la septième législature, en 2019 avec la huitième législature et en 2024 avec la neuvième législature.
Ces différentes décisions prises au plan législatif ont permis un tant soit peu de parer à quelques difficultés relatives au fonctionnement des partis politiques notamment au nombre faramineux de formations politiques qui existent dans le pays. On est passé de près de trois cents (300) partis politiques à une quinzaine, c’est déjà une avancée. Certaines de ces formations politiques ont réellement une assise nationale. Trois (03) sont d’ailleurs représentés à l’Assemblée nationale. Le financement public des partis politiques est désormais aussi une réalité. ». Il renchérit : « Malgré ces avancées, les faiblesses liées à l’existence et au fonctionnement des partis politiques perdurent, ce qui amène beaucoup d’observateurs à tourner les yeux vers les élections générales qui vont se dérouler en 2026. Cependant, une curiosité demeure. Celle de savoir si, à cette occasion et pour une fois depuis 1990, un parti politique réussira à faire élire à la présidence de la République, un acteur majeur issu de ses rangs. J’ai le grand espoir que le parti auquel j’appartiens, l’Union Progressiste le Renouveau, sera la formation politique qui relèvera ce grand défi. Nous y travaillons ardemment. ». Plus loin, toujours dans l’avant propos de cet ouvrage qui pose courageusement la question relative aux Partis politiques au Bénin, l’auteur qui a à son compteur plusieurs ouvrages écrit: « Malgré les réformes courageuses initiées et réalisées au niveau du système partisan, malgré le financement public des partis politiques, malgré la révision de la Constitution, l’échec des partis politiques au Bénin reste d’actualité. Dans l’animation de la vie politique telle que prévue par la Constitution que dans la conquête et l’exercice du pouvoir d’Etat, l’échec est poignant et la grande question est celle de savoir ce qu’il faut faire pour sauver les formations politiques béninoises du naufrage ? Oui, ce qu’il faut faire encore, après tant d’efforts au plan législatif pour tenter de trouver une solution efficiente au système partisan béninois ? Une grande et importante question, étant donné que les partis politiques sont au grand carrefour qui mène vers le développement d’un pays et vers l’émancipation de ses populations. Après tant d’efforts au plan législatif, que faire pour que les partis politiques béninois retrouvent les gènes de fonctionnement des véritables formations politiques, à l’instar de celles qui animent réellement la vie politique dans leurs pays et qui finissent par conquérir et exercer le pouvoir d’Etat. Tels par exemple le PDS (Parti démocratique sénégalais) au Sénégal, le FPI (Front populaire ivoirien) en Côte d’ivoire, l’UDPS (Union démocratique et le progrès social) en République démocratique du Congo et l’ANC (African National Congress) en Afrique du sud, pour ne citer que ceux-là. A coup sûr, l’essentiel est fait pour mettre fin à l’émiettement des forces politiques et contraindre les acteurs politiques à se mettre ensemble pour créer de véritables forces politiques dans le pays. Faut-il visser davantage les normes de création et de fonctionnement des partis politiques, au risque de tomber sous le coup de la Constitution qui impose la liberté d’association ? En dehors de l’état moral et d’esprit de l’homme politique béninois qui demeure une vraie préoccupation parce qu’en souffrance avec la conscience citoyenne, il y’a lieu de renforcer les contraintes au sujet des critères liés à la création et au fonctionnement des partis politiques. Il s’agira de pousser le bouchon plus loin, jusqu’à faire empêcher la transhumance politique quelle qu’elle soit et même arriver à prévoir la possibilité de retirer le récépissé à tout parti politique qui ne serait pas capable d’animer réellement la vie politique. Il faut travailler à rééquilibrer et à renforcer le système politique béninois. Rien ne doit être de trop pour y arriver, c’est une question de survie de la démocratie et du développement du Bénin. ».
Cet ouvrage de Moukaram A.M. Badarou non seulement montre la portée des réformes du système partisan mais indique aussi formellement que des efforts restent à faire pour mieux positionner les Partis politiques dans leur premier rôle d’animateurs de la vie politique, tel que dévolu par la constitution. Un livre à par les acteurs politiques, les chercheurs, les étudiants et tous ceux qui ont besoin de savoir un peu plus sur la vie des Partis politiques au Bénin.

Mesmin Afanou

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