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Message de Moukaram A.M. BADAROU à l’occasion des 61ans d’indépendance du Bénin : « TRAVAILLONS POUR L’AVENIR »

 

1er août 1960-1er août 2021, exactement soixante un ans, que le Bénin jouit du privilège de pays indépendant. Exactement soixante un ans, que les pères fondateurs de notre République ont réussi le pari de disposer de nous mêmes et d’opérer nos propres choix de vie et de développement. Exactement soixante un ans, que nous travaillons à construire le Bénin et la nation béninoise.
De la période post indépendance (1960-1972) au renouveau démocratique (1990-2021) en passant par la période révolutionnaire (1972-1990), des efforts ont été faits, mais avouons que nous avons accusé de retard et que nous aurions pu mieux faire. En soixante un ans de pays libre et indépendant, nous n’avons faits que des pas hésitants et de petits pas, ne serait ce qu’en comparaison avec des pays asiatiques notamment la Chine et même des pays arabes ou du Maghreb, en prenant en compte la même période. Heureusement qu’il y’a un ressaisissement depuis quelques années où l’Etat a repris ses marques, ce qui donne une bonne allure qu’il faut d’ailleurs confirmer pour avoir une meilleure courbe qui lance définitivement le pays, afin que les générations futures puissent disposer d’un pays puissant où il fait bon vivre pour chacun et pour tous.
A ce jour, le Bénin reste une promesse à réaliser. A cet effet, je partage avec vous le contenu du discours du 1er août 1960 du Président Hubert Koutoucou Maga, premier Président du Bénin. Ce contenu reste d’actualité et invite chacun d’entre nous à toujours prioriser le Bénin et à travailler non seulement pour le présent mais aussi et surtout pour l’avenir.
A l’occasion des soixante un ans d’indépendance de notre cher pays, le Bénin, je voudrais inviter chaque béninois, où qu’il se trouve, au sens patriotique et à contribuer avec un esprit citoyen, aux efforts qui permettrons au Bénin de rattraper son retard dans le concert des nations.
Bonne fête de l’indépendance à chacun et à tous.
Que Dieu bénisse le Bénin.
Vive la République,
Vive le Bénin.

Discours du Président Hubert MAGA 1er Août 1960
Messieurs les présidents, Messieurs les ministres, Messieurs les députés, Mesdames, Messieurs
1er Août 1960 : date essentielle dans l’histoire du Dahomey, date de la reconnaissance de notre pays à la pleine souveraineté.
1960 : année cruciale pour le continent africain, année où de nombreux pays ex-indépendants retrouvent leur liberté, année où l’Afrique attire les regards du monde et peut prétendre à exercer une influence sur les destinées de celui-ci.
Notre continent est l’un des plus anciens, peut-être le premier à avoir été fixé dans la forme physique que nous lui connaissons aujourd’hui.
A la lumière des dernières recherches préhistoriques, il semble qu’il puisse se prévaloir d’avoir été le berceau de l’humanité.
Mais il est resté, pendant de longs siècles, inconnu à l’écart des grands courants de civilisations occidentales ou asiatiques.
Les premiers contacts avec l’extérieur furent durs et humiliants : traite des esclaves qui s’est poursuivie jusqu’au siècle dernier et a affaibli notre potentiel humain, traite des produits qui n’a été trop longtemps qu’une exploitation pure et simple des populations autochtones.
A partir du XXe siècle, en quelques décades, la situation allait radicalement changer, le continent africain humilié et appauvri allait renaître de façon spectaculaire.
En effet, à la simple exploitation mercantile succédait une administration implantée par les puissances coloniales. Celui-ci allait créer et instruire des cadres locaux à la fois pour satisfaire à ses besoins et pour répondre aux exigences de la morale.
Ces cadres seront les premiers à faire la synthèse entre les valeurs que leur apportera la culture occidentale et la vieille sagesse africaine héritée de leurs ancêtres.
A partir de là, l’évolution était prévisible, elle a été considérablement accélérée par la deuxième guerre mondiale.
Celle-ci a déclenché un mouvement général et imprévisible de libération des peuples coloniaux.
L’Afrique n’est pas restée étrangère et c’est un titre de fierté mutuelle pour nous et pour la France d’avoir su, en quinze ans, progressivement et sans violence, passé du stade de territoire dépendant à celui de nation souveraine.
Il convient de méditer et de souligner ce fait : seules dans le monde, les nations de l’Ouest africain ont été capables d’accomplir le processus intégral de décolonisation sans violence, sans heurts graves, avec les puissances ex-administratives, sans troubles internes.
On peut penser que le mérite nous en revient en grande partie puisque France et Grande –Bretagne ont, hélas, connu d’ailleurs de sévères difficultés.
Ceci est dû, je crois à cette synthèse que nous avons opérée entre nos traditions africaines et les valeurs de la civilisation chrétienne et occidentale.
La France nous a enseigné le libre droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Nous avons su réaliser en même temps que l’indépendance se méritait et que l’exercice de la liberté supposait l’existence préalable de cadres compétents ; nous avons pris le temps de former ceux-ci. Le christianisme nous a confirmés dans notre respect que la dignité humaine ; nous avons montré que, pour nous, la fin ne justifie pas les moyens et rien n’excuse la violence contre l’individu.
Je pense qu’à la lumière de cette expérience, l’Afrique renaissante est un droit de lancer un message au monde.
A un monde dur et divisé où les développements techniques restreignent les libertés, où la moindre erreur peut provoquer les pires destructions nucléaires, l’Afrique a le devoir de rappeler ses propres valeurs.
Les techniques ne sont pas une fin en soi, elles doivent rester des moyens au service de l’homme.
L’homme doit être respecté, sa dignité et ses libertés préservées. Sous peine de se détruire elle-même, la civilisation ne doit pas oublier que sa seule fin est le bonheur de l’humanité.
C’est dans la ligne de cet humanisme que veut se placer la République du Dahomey. Il circule sur l’Afrique un certain nombre de formules commodes, consacrées par l’usage et totalement fausses.
Je range parmi celles-ci le caractère artificiel de nos frontières. Le processus même de la conquête – négociations ou guerres avec les Etats locaux – fait que l’organisation coloniale s’est en réalité superposée à ce qui existait.
L’unité du Dahomey est évidente : sur le littoral, comptoirs commerciaux d’Agouè, Grand-Popo, Ouidah ; légèrement en retrait, royaume d’Abomey et de Porto-Novo qui ont pu être rivaux ou alliés, mais sont toujours restés proches cousins ; à l’arrière, glacis de protection du Nord qui atteignent la limite naturelle du Niger et nous ont protégés contre les invasions sahéliennes ou soudanaises.
Cette unité a été accrue par la période coloniale qui l’a matérialisée sur la carte et a facilité ou rendu nécessaires les contacts entre circonscriptions différentes.
Cette unité, elle doit se renforcer au sein de l’Etat dahoméen, jeunes citoyens d’une nouvelle République, nous devons nous rassembler autour de ce qui unit et oublier tout ce qui divise. Il faut abandonner définitivement parmi les accessoires du passé, les rivalités tribales, ethniques, religieuses ou politiques.
Cette unité doit aussi se matérialiser dans l’union de tous autour d’un programme commun. J’ai déjà répété à plusieurs reprises que les tâches qui nous attendent sont immenses, les difficultés à vaincre considérables.
C’est un des paradoxes de l’Histoire que la fin de l’ère coloniale ait été pour nous une période de facilité.
Enfant mineur, le Dahomey a eu tendance à tout attendre de son père et à vouloir aligner son train de vie sur celui de la métropole.
Enfant majeur, il doit reprendre contact avec les réalités. Etat souverain, il doit prendre conscience qu’il n’y a pas d’indépendance réelle sans autonomie économique et financière.
Le but de mon gouvernement est d’y parvenir. Il n’y a pas de miracle en ce domaine et l’objectif ne pourra être atteint que par les mesures d’austérité d’une part, par le développement économique du pays d’autre part.
Le gouvernement a préparé à cet effet, diverses mesures et un plan décennal d’équipement et de production.
Mais les résultats dépendront en définitive des efforts de tous les dahoméens et dahoméennes.
C’est pourquoi j’adresse en ce jour solennel un appel pressant à chaque cultivateur, chaque artisan pour qu’il croisse sa production ; à chaque ouvrier, à chaque employé pour qu’il augmente son rendement ; à chaque fonctionnaire pour qu’il se consacre au service exclusif du public et proscrire tout gaspillage.
C’est l’ensemble de nos efforts qui garantira l’indépendance du Dahomey. De plus, chaque amélioration, chaque économie réalisée permettra de relever le niveau de vie des masses, ce qui reste, sur le plan interne, notre souci essentiel.
L’indépendance du Dahomey c’est son entrée dans le concert des nations. Il est évident que le XXe siècle est le siècle des grands ensembles.
Mais l’indépendance est un lien inaliénable. C’est la raison pour laquelle nous avions choisi d’appartenir à des ensembles conçus de façon empirique sur des bases égalitaires qui nous permettent de conserver notre souveraineté intégrale tout en étant incorporés à des groupes dont le poids peut être déterminant : Conseil de l’entente sur le plan africain, communauté sur le plan mondial.
Sur le plan africain, de nombreux appels à l’union ont été formulés ces derniers mois par les chefs des peuples qui ont accédé où vont accéder à l’indépendance.
J’ai souligné le parallélisme des évolutions politiques des Etats de l’Ouest africain. Je pense qu’il est indispensable que s’établissent entre eux une coordination économique pour faciliter nos échanges, pour protéger nos débouchés, pour éviter les concurrences stériles, pour harmoniser les planifications et pour créer des marchés assez importants justifiant l’industrialisation.
Je tiens à dire publiquement que le Dahomey est prêt à apporter sa coopération active à toute organisation ou groupement qui se fixerait ses objectifs.
Nous considérons l’entente économique comme un objectif essentiel et vital et nous sommes prêts pour y parvenir à collaborer avec tous. Je souhaite de tous cœur que dans un proche avenir les intentions qui se sont manifestées puissent se concrétiser matériellement.
Notre avenir est notre prospérité à tous en dépendent. Je voudrais maintenant remercier tous ceux qui ont tenu à rehausser de leur présence cette histoire.
Je m’adresserai tout d’abord et particulièrement au représentant de la France. Son pays et le mien ont cohabité, ici, pendant 77 ans, cette période n’a pas été exemple de heurts et de malentendus, mais nous avons conscience que cette cohabitation a été féconde et qu’elle a eu pour le Dahomey, le même effet bénéfique qu’a eu l’occupation romaine pour la Gaule.
Les liens se sont tissés dans le passé, ceux que créent actuellement la présence des techniciens français au Dahomey, la présence d’étudiants dahoméens dans les universités françaises, l’aide que nous recevons de la France et dont le port de Cotonou est un magnifique exemple, voilà les gages d’une amitié solide et durable qui ne se démentira pas.
La France nous a mené sur le chemin de la liberté, elle a droit à notre reconnaissance et, en Afrique, la reconnaissance est un droit sacré.
Je vous demande enfin, Monsieur le représentant de la France d’exprimer au Général de Gaule, personnellement notre reconnaissance émue et notre gratitude profonde. Nous n’oublierons pas qu’il y a seize ans, avec une remarquable clairvoyance, il ouvrait à Brazzaville les voies d’une évolution qui trouve son heureux aboutissement aujourd’hui grâce à son retour au pouvoir. La jeune République du Dahomey est pleinement consciente qu’elle lui doit sa naissance et son accès à la souveraineté. Elle le remercie du fond du cœur.
A nos amis du conseil de l’entente, je dirai que notre collaboration fraternelle, en un an à peine, a donné des fruits qui passent la promesse des fleurs. Notre association a le mérité d’être typiquement africaine : égalitaire, pragmatique, souple. Qu’elle reste fidèle à elle-même et elle sera sûr de son avenir.
A tous nos amis africains j’adresse nos remerciements et je souhaite que nous nous retrouvions prochainement pour jeter les bases de la coopération économique dont nous parlions tout à l’heure. Je remercie particulièrement le gouvernement du Togo dont le premier ministre va prochainement honorer le Dahomey de sa visite pour jeter les bases d’une future collaboration entre Etats frères.
Je remercie enfin les représentants des autres pays qui témoignent par leur présence de l’intérêt qu’ils portent à notre jeune République et je leur donne l’assurance que le Dahomey saura faire face à tous ses devoirs de jeune Nation et se consacrera sur le plan international à la défense de la paix et des vraies valeurs humaines.
Dahoméennes, Dahoméens, c’est un immense honneur qui m’est échu d’être le chef du Gouvernement qui a conduit le Dahomey à l’indépendance et l’émotion m’étreint.
Il y a quinze ans, quand directeur d’école, je me préparais à faire mes premières armes politiques, j’étais loin de prévoir aboutissement actuel.
Ce que je tenais à vous dire avant de terminer ce discours, c’est que je ne retire aucun orgueil personnel des résultats auxquels nous sommes arrivés.
Je me suis efforcé d’être votre représentant et c’est dans l’exacte mesure où j’ai été votre interprète fidèle, c’est grâce à votre adhésion totale et votre collaboration efficace que nous avons pu arriver au 1er Août 1960.
La victoire d’aujourd’hui n’est pas le travail d’un seul homme. C’est votre œuvre à tous.
Et c’est dans la mesure où vous nous concevrez votre adhésion et votre confiance que nous pourrons continuer notre marche vers le progrès, vers le bonheur, animés par notre devise : Fraternité, Justice, Travail.
Vive la République indépendante du Dahomey.

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