L’Assemblée nationale sénégalaise a accepté, ce mardi 27 octobre, la demande du gouvernement de renvoyer le projet de loi de finances rectificative (LFR) 2026 en commission des finances et du contrôle budgétaire, ouvrant ainsi la voie à de nouvelles discussions sur l’orientation budgétaire du pays. Devant la représentation nationale, le ministre de l’Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, a justifié cette démarche par la volonté de privilégier le dialogue institutionnel, s’appuyant sur l’article 84 du règlement intérieur de l’Assemblée nationale.
S’exprimant devant les députés, le ministre a appelé à la responsabilité et à la hauteur de vue, évoquant la réception d’un mémorandum transmis la veille par les parlementaires et la disposition affichée par ces derniers pour engager des concertations directes. Cette initiative intervient après plusieurs jours de vives frictions nées de la présentation, dimanche 25 octobre, d’un texte défendu par le Premier ministre Ahmadou Alhaminou Mohamed Lo pour faire face à la dégradation des équilibres financiers de l’État.
Le chef du gouvernement avait alors brossé un tableau économique préoccupant, faisant état d’un recul de 340 milliards de FCFA des recettes publiques et d’une explosion de 540 milliards de FCFA des dépenses incompressibles, portées principalement par les subventions à l’énergie et les besoins des forces de défense et de sécurité.
Pour compenser ce déséquilibre, le projet exécutif envisageait une coupe draconienne de 555 milliards de FCFA dans les crédits d’investissement public, provoquant une levée de boucliers au sein de l’hémicycle.
Le parti majoritaire Pastef-Les Patriotes, soutenu par le président de l’Assemblée nationale Ousmane Sonko, s’est fermement opposé au texte dans sa version initiale, rejetée au préalable en commission des finances vendredi dernier. Les élus de la majorité dénoncent l’impact de ces coupes sur des secteurs prioritaires comme la santé et l’éducation, tout en exigeant davantage de transparence sur l’attribution des fonds spéciaux, le niveau réel de la dette et les conclusions des derniers audits financiers.
Le renvoi du texte en commission permet d’éviter un blocage institutionnel et offre désormais aux deux têtes du pouvoir l’opportunité de négocier un compromis acceptable sur les arbitrages budgétaires avant la reprise des débats en séance plénière.
Flora HOUNSOUNOU
