Née le 1er avril 1940 à Ihithe, dans les hautes terres fertiles du Kenya, Wangari Muta Maathai s’est imposée comme une icône planétaire de la protection de l’environnement et des droits des femmes. Issue d’une famille de paysans de l’ethnie kikuyu, elle bénéficie d’une opportunité rare pour l’époque : une bourse d’études qui lui permet de partir aux États-Unis dans les années 1960. À son retour, elle brise les plafonds de verre académiques en devenant la première femme d’Afrique de l’Est à obtenir un doctorat en biologie, puis à diriger un département universitaire à Nairobi.
Sur le plan personnel, elle épouse Mwangi Mathai en 1969, un homme politique avec qui elle a trois enfants : Waweru, Wanjira et Muta. Leur divorce, prononcé à la fin des années 1970 dans un climat médiatique tumultueux, illustre la rigidité de la société de l’époque face à une femme jugée « trop instruite et indomptable ». C’est à ce moment qu’elle choisit de modifier l’orthographe de son nom pour devenir Wangari Maathai, transformant cette épreuve en une affirmation de sa liberté.
Sa trajectoire militante prend un tournant historique en 1977 lorsqu’elle fonde le mouvement de la Ceinture verte (Green Belt Movement). Constatant que la déforestation assèche les rivières et appauvrit les communautés rurales, elle appelle les femmes à planter des arbres pour restaurer la terre et gagner une autonomie financière. Ce geste, à la fois écologique et profondément politique, se heurte à la violente répression du régime dictatorial de Daniel arap Moi. Wangari Maathai est harcelée, emprisonnée et battue à plusieurs reprises pour s’être opposée à des projets immobiliers destructeurs dans les parcs publics de Nairobi, devenant le symbole de la résistance démocratique.
Avec la transition démocratique, elle est élue triomphalement députée en 2002, puis nommée secrétaire d’État à l’Environnement. Le sommet de sa reconnaissance internationale intervient en 2004, lorsqu’elle devient la première femme africaine à recevoir le prix Nobel de la paix. Le comité Nobel salue alors sa vision novatrice, qui lie indissociablement la gestion durable de l’environnement, la démocratie et la paix.
Atteinte d’un cancer de l’ovaire, la « Femme-Arbre » s’éteint le 25 septembre 2011 à Nairobi à l’âge de 71 ans. Son héritage se perpétue à travers les dizaines de millions d’arbres plantés grâce à son mouvement et sa formule restée célèbre : « Quand nous plantons des arbres, nous plantons les graines de la paix et de l’espérance ».
Flora HOUNSOUNOU
