Née vers 1583 dans le royaume de Ndongo (situé dans l’actuel Angola), la reine Anna Nzinga Mbande s’est imposée comme l’une des figures politiques et militaires les plus redoutables de l’histoire africaine du XVIIe siècle. Fille du roi Kiluanji, elle grandit dans un contexte de crise profonde, alors que les colons portugais multiplient les incursions à l’intérieur des terres pour capturer des esclaves et étendre leur influence. Dotée d’une intelligence vive et d’un grand sens de la diplomatie, elle apprend le portugais, ce qui fera d’elle une négociatrice incontournable pour son peuple.
Son entrée fracassante dans l’Histoire se produit en 1622 lors des négociations de paix à Luanda. Face au gouverneur portugais qui, par mépris, lui refuse une chaise pour l’obliger à rester debout, Nzinga ordonne à l’une de ses servantes de se mettre à quatre pattes pour lui servir de siège. Elle traite ainsi d’égale à égale avec les Européens, acceptant le baptême sous le nom de Dona Anna de Sousa pour sceller un traité de paix destiné à protéger son royaume.
Cependant, les promesses portugaises ne sont pas tenues. À la mort de son frère en 1626, Nzinga s’empare du pouvoir et refuse de se soumettre. Pour faire face à la puissance de feu coloniale, elle adopte une stratégie d’une modernité surprenante : elle s’allie temporairement avec les rivaux hollandais des Portugais, accueille les esclaves en fuite pour gonfler les rangs de son armée, et conquiert le royaume voisin de Matamba. Elle y installe une base militaire solide et réorganise son économie pour contourner le monopole portugais.
Pendant plus de trente ans, la reine Nzinga mène personnellement ses troupes au combat, arborant souvent des vêtements d’homme pour asseoir son autorité de chef de guerre. Sa maîtrise de la guérilla épuise les armées coloniales, qui ne parviendront jamais à la soumettre. Par ses alliances politiques mouvantes et sa résistance acharnée, elle réussit à préserver l’indépendance de son royaume face à l’expansionnisme européen tout au long de son règne.
La reine Nzinga s’éteint pacifiquement le 17 décembre 1663 à Matamba, à l’âge vénérable de 80 ans. Aujourd’hui, elle est célébrée en Angola et à travers toute l’Afrique comme le symbole absolu de la résistance anticoloniale, de la dignité et du leadership féminin. Une statue monumentale à Luanda rappelle l’héritage de cette souveraine indomptable qui a tenu tête à l’un des plus grands empires de son temps.
Flora HOUNSOUNOU
