Né Tafari Makonnen le 23 juillet 1892 à Ejersa Goro, Haïlé Sélassié Ier a été le dernier empereur d’Éthiopie (de 1930 à 1974) et une figure messianique mondiale pour le mouvement rastafari. Issu d’une lignée royale qui revendiquait descendre directement du roi Salomon et de la reine de Saba, il gravit les échelons du pouvoir jusqu’à son couronnement grandiose en novembre 1930 sous le nom de Haïlé Sélassié Ier (« Pouvoir de la Trinité »), recevant les titres de Roi des Rois et Lion conquérant de la tribu de Juda.
Son destin bascule en 1935 lorsque l’Italie fasciste de Benito Mussolini envahit l’Éthiopie sans déclaration de guerre. Malgré une résistance courageuse, les troupes éthiopiennes, sous-équipées, cèdent face à l’artillerie et aux armes chimiques italiennes. Contraint à l’exil en Angleterre, l’empereur marque l’histoire le 30 juin 1936 par un discours retentissant devant la Société des Nations (SDN) à Genève. Face au silence des grandes puissances, il lance un avertissement prophétique : « C’est la valeur de la sécurité collective qui est en jeu […]. C’est l’Europe aujourd’hui, ce sera vous demain ». Il redevient le symbole mondial de la résistance à l’oppression et récupère son trône en 1941 avec l’aide des forces britanniques et des patriotes éthiopiens.
De retour au pouvoir, il s’active pour moderniser son pays (centralisation, éducation, infrastructures) tout en s’imposant comme le père du panafricanisme moderne. En mai 1963, il accueille à Addis-Abeba le sommet fondateur de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), dont il devient le premier président. Parallèlement, sans qu’il l’ait jamais activement cherché, son couronnement en 1930 suscite la naissance en Jamaïque du mouvement rastafari (dérivé de son titre avant son sacre, Ras Tafari), qui voit en lui la réincarnation du Messie sur Terre.
Le déclin de son long règne s’amorce au début des années 1970. Affaibli par une terrible famine cachée à l’opinion internationale, une crise économique majeure et des contestations étudiantes et militaires, le vieux souverain est destitué le 12 septembre 1974 par un coup d’État militaire marxiste (le Derg), dirigé plus tard par Mengistu Haïlé Mariam.
Placé en résidence surveillée dans son palais, Haïlé Sélassié Ier s’éteint le 27 août 1975 à l’âge de 83 ans dans des circonstances sombres, officiellement des suites d’une maladie, bien que la thèse de l’assassinat soit aujourd’hui largement retenue. Sa dépouille, cachée sous les dalles d’un bureau du palais par le régime militaire, n’a été retrouvée qu’en 1992 pour recevoir des funérailles impériales solennelles en l’an 2000.
Flora HOUNSOUNOU
