La lune de miel diplomatique tant espérée dans la sous-région devra encore attendre. Depuis les récentes secousses politiques à Niamey, les relations entre le Bénin et son voisin septentrional traversent une zone de fortes turbulences. Multipliant les appels à l’apaisement, Cotonou tente par un pragmatisme fraternel de sauvegarder des ponts humains et économiques mis à mal, alors que les échanges commerciaux bilatéraux se sont déjà contractés, passant de 15,9 millions de dollars en 2023 à seulement 10,4 millions en 2025. Pourtant, à cette main tendue, le pouvoir nigérien oppose une fois de plus un repli défensif et une rhétorique de la suspicion.
Le dernier épisode en date s’est noué à la suite des événements des 28 et 29 août 2026. Sur les écrans de la télévision publique nigérienne, des allégations ont frontalement indexé le Bénin, l’accusant aux côtés d’autres partenaires d’avoir fourni un appui extérieur à une tentative de déstabilisation interne. Ces accusations, que les autorités béninoises et de nombreux observateurs indépendants considèrent comme dénuées de fondement, semblent s’inscrire dans une stratégie récurrente visant à externaliser les crises sécuritaires internes en désignant des boucs émissaires extérieurs.
Au Bénin, cette énième charge passe mal mais ne fait pas dévier le gouvernement de sa trajectoire de responsabilité. Face à la presse ce dimanche 6 septembre 2026, le ministre porte-parole du gouvernement, Wilfried Léandre Houngbédji, a fermement rejeté toute implication de Cotonou. En guise de preuve irréfutable de sa bonne foi, le Bénin prend les devants et préconise l’établissement immédiat d’une commission sécuritaire conjointe. Cette instance aura pour mission d’assurer une surveillance partagée de la frontière commune afin de lever définitivement les soupçons de base arrière. L’histoire retiendra sans doute la persévérance de Cotonou à vouloir bâtir des alliances transparentes, là où Niamey continue de dresser des barrières de méfiance. Pour l’heure, le courage du dialogue prôné par le Bénin attend une réponse constructive de l’autre côté de la frontière.
Marie Immaculée VODOUNSI
