Une page monumentale de l’histoire de la Guinée et de l’Afrique vient de se tourner. Hadja Andrée Touré, veuve du premier président de la République de Guinée, Ahmed Sékou Touré, est décédée le mercredi 8 juillet 2026 laissant derrière elle le souvenir d’un destin hors du commun, marqué par les sommets du pouvoir, les difficultés de l’exil et les vicissitudes des différents pouvoirs après celui de son mari.
Pendant plus de trois décennies, elle a partagé la vie de l’homme du « Non » de 1958 au général Degaulle. Pourtant, Hadja Andrée Touré n’était pas seulement la femme du président, elle fut une actrice de l’ombre, une confidente stratégique et la colonne vertébrale d’un des régimes les plus charismatiques de l’ère des indépendances africaines.
Bénin Espoir vous propose le parcours et le rôle de la première Première dame de la République de Guinée :
•Une union en pleine lutte pour l’indépendance des pays africains.
Née Marguerite Andrée Duplantier, fille d’un médecin militaire français et d’une mère guinéenne, sa trajectoire bascule au milieu des années 1950 lorsqu’elle unit son destin à celui du jeune leader syndicaliste Ahmed Sékou Touré. C’est un mariage d’amour, mais aussi une union hautement symbolique dans une Guinée en pleine lutte pour l’indépendance.
Dès les premiers instants, elle embrasse la cause de son époux de leader. En 1958, lorsque Sékou Touré lance son célèbre défi au général Charles de Gaulle en réclamant l’indépendance immédiate, Andrée son épouse est à ses côtés, prête à assumer les conséquences du choix de la liberté.
•Valeur sûre, pilier invisible et confidente de Ahmed Sekou Touré.
Devenue la toute première Première dame de la Guinée indépendante, Hadja Andrée Touré va redéfinir ce rôle avec une discrétion absolue mais une influence imbattable. Dans un palais présidentiel de l’Andoun, souvent en proie aux paranoïas des complots réels ou supposés, elle est l’une des rares personnes en qui Ahmed Sékou Touré a une réelle confiance.
Elle n’intervient pas publiquement dans les décisions politiques, mais elle joue un rôle de modératrice en coulisses. Son importance réside dans sa capacité à offrir une stabilité émotionnelle et familiale au dirigeant guinéen, lui permettant de tenir le coup face aux pressions internationales pendant vingt-six (26) ans de responsabilité au sommet de l’État.
•Diplomatie de l’ombre, émancipation des femmes et combat pour l’avenir des filles.
Hadja Andrée Touré a été une ambassadrice de charme pour la diplomatie guinéenne. Lors des visites officielles des géants du panafricanisme comme Kwame Nkrumah du Ghana, Ahmed Ben Bella de l’Algérie ou la militante afro-américaine Miriam Makeba, elle incarne l’élégance, la dignité et la culture guinéenne.
Elle s’investit massivement auprès du Comité national des femmes du Parti démocratique de Guinée (PDG). Elle participe activement aux campagnes d’alphabétisation, à la promotion de l’artisanat local et à l’intégration des femmes guinéennes dans l’administration publique, faisant de l’émancipation féminine l’un des chevaux de bataille du projet socialiste guinéen.
•La chute, la prison et la résilience.
Le véritable testament de la force de Hadja Andrée Touré s’écrit après la mort de son mari en mars 1984. Suite au coup d’État militaire mené par le général Lansana Conté, elle est arrêtée, privée de ses biens et jetée en prison avec son fils Mohamed Touré.
Là où d’autres auraient sombré et capitulé, elle fait preuve d’une résilience enviable. Condamnée puis libérée, elle choisit le chemin de l’exil entre le Maroc, la Côte d’Ivoire et le Sénégal, avant de pouvoir enfin retourner sur sa terre natale. Tout au long de ces années de grande difficulté, elle s’est donné pour mission de défendre la mémoire et l’héritage politique de son défunt mari, refusant de renier l’histoire commune qu’ils avaient bâtie.
•La fin d’un parcours.
Avec sa disparition, c’est le dernier témoin direct de l’intimité du pouvoir de Sékou Touré qui s’en va. Hadja Andrée Touré emporte avec elle les secrets d’une époque de ferveur, de sacrifices, mais aussi de profondes déchirures politiques. Elle restera dans les mémoires comme une femme de dignité, qui a porté le deuil de son époux et de sa patrie avec une noblesse unanimement respectée.
À la suite du décès de Hadja Andrée Sekou Touré, Moukaram A.M. BADAROU, ancien Préfet et acteur politique béninois, a écrit sur sa page Facebook :
« Suite au décès de Hadja André Touré première Première Dame de la jeune République de Guinée, épouse, compagnon de lutte et fidèle gardienne de l’héritage politique du Président Ahmed Sékou Touré, je viens m’incliner devant la mémoire de celle qui a été de toutes les luttes avec l’homme du 28 septembre 1958 pour l’indépendance de la Guinée et pour la libération de l’Afrique.
Avec son départ, c’est une page de la mémoire guinéenne et africaine qui se referme. Elle rejoint, enfin, son illustre mari, un des leaders incontestés de la lutte pour l’émancipation du peuple africain.
Paix éternelle à son âme, qu’Allah lui fasse miséricorde et qu’il lui accorde son paradis.
Mes sincères condoléances aux familles éplorées et au peuple guinéen.
Moukaram A.M.BADAROU »
Mick de BADAR
