L’Alliance des États du Sahel (AES) et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) amorcent une nouvelle phase diplomatique. S’exprimant lundi à Bamako à l’ouverture de la cinquième réunion des ministres de l’Industrie et du Commerce du Mali, du Burkina Faso et du Niger, le Premier ministre malien Abdoulaye Maïga a officialisé l’ouverture de discussions visant à fixer le cadre de leurs futures relations.
Bien qu’aucun calendrier ni détail précis sur le contenu de cet accord potentiel n’ait encore filtré, le chef du gouvernement malien a souligné que cette démarche renforçait l’urgence pour les membres de l’AES d’accélérer la construction de leur propre espace économique intégré. Cette annonce intervient dans un contexte de refonte des alliances régionales, un an après le retrait officiel du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la Cédéao le 29 janvier 2025.
Malgré le caractère jugé irréversible de leur départ par Bamako, l’organisation ouest-africaine avait maintenu des mesures transitoires sur la liberté de mouvement des personnes et des marchandises pour épargner les populations et les acteurs économiques. Pour mener ces pourparlers très attendus, la CEDEAO a nommé en mars 2026 l’ancien Premier ministre guinéen Lansana Kouyaté comme négociateur en chef, les trois pays sahéliens s’étant dits ouverts au maintien de certains acquis d’intégration, notamment la libre circulation.
Pendant que s’orchestre ce dialogue, l’AES s’attelle à corriger ses fragilités internes, au premier rang desquelles figure la faiblesse du commerce intrarégional. Citant les données de l’UEMOA pour 2021-2022 — organisation dont les trois nations restent membres —, Abdoulaye Maïga a rappelé que les échanges entre les trois voisins s’élevaient à 351,6 milliards de francs CFA (17,09 % de leur commerce dans la zone), contre 2 056,9 milliards de francs CFA réalisés avec le reste de l’Union.
Face à ces contraintes liées notamment à leur enclavement géographique, la rencontre de Bamako réunit ministres et acteurs du secteur privé pour lever les barrières non tarifaires, fluidifier les corridors et encourager la transformation locale. Parmi les projets stratégiques mis sur la table figurent l’harmonisation des règles des affaires, la mise en place d’une centrale d’achat commune et la création d’un observatoire du climat des affaires, marquant la volonté de l’AES de bâtir un bloc économique autonome tout en négociant son mode de coexistence avec la CEDEAO.
Flora HOUNSOUNOU
