Fondée en 2024, l’Association TATA SOMBA est une Association béninoise portée essentiellement par la diaspora béninoise. Elle s’est donnée pour mission de promouvoir la réflexion citoyenne et mener des actions concrètes de solidarité au Bénin. À travers son programme de bourses scolaires et universitaires, elle entend soutenir des jeunes béninois issus de milieux modestes. Pour découvrir cette Association et mieux comprendre cette initiative, BÉNIN ESPOIR est allé à la rencontre des principaux responsables de cette Association qui se soucie de l’évolution de la jeunesse béninoise et africaine.
BÉNIN ESPOIR : M. le Président, M. le Secrétaire Général, Mme la Trésorière, merci d’avoir accepté cet entretien. Vous êtes respectivement M. Mickail Jr. Badarou, Président de Tata Somba, M. Marc-Aurèle Laleye, Secrétaire Général et Mme Marjolaine Soglo, Trésorière.
Pour éclairer nos lecteurs, dites-nous ce que représente l’Association Tata Somba.
TATA SOMBA : Tata Somba est une Association , dont les membres sont animés par la volonté de s’engager concrètement pour leur pays à travers la réflexion citoyenne et l’action solidaire. Notre ambition est de réunir des femmes et des hommes partageant les mêmes valeurs d’engagement, de responsabilité et de solidarité afin de réfléchir aux enjeux qui concernent le Bénin et l’Afrique.
Au-delà de cette mission de réflexion, nous souhaitons agir concrètement en faveur des populations les plus vulnérables, dans plusieurs domaines dont celui de l’éducation.
BÉNIN ESPOIR : Pourquoi avoir choisi l’éducation comme premier domaine d’intervention de l’Association ?
TATA SOMBA : L’éducation est un levier important de transformation sociale. Plusieurs membres de l’Association ont bénéficié du soutien des familles ou de personnes bienveillantes pour poursuivre leurs études. L’Association a conscience de l’impact durable que cela représente sur un parcours et nous sommes convaincus qu’un jeune qui a accès à une éducation de qualité dispose de meilleures chances de se construire personnellement mais également de contribuer au développement de son pays.
Pourtant, le constat est aujourd’hui inquiétant, de nombreux élèves et étudiants disposent du potentiel nécessaire pour réussir leur parcours éducatif, mais abandonnent ou rencontrent de grandes difficultés en raison de contraintes financières et/ou sociales. Les inégalités territoriales, la pauvreté et les obstacles systémiques, rencontrés par les jeunes, en particulier les jeunes filles, restent des réalités qui ne peuvent être ignorées. C’est face à ces multiples constats que nous avons souhaité apporter une première réponse concrète et pérenne.
BÉNIN ESPOIR : Juste avant de nous expliciter le contenu et le fonctionnement de ce programme de bourses, est-ce que vous pouvez nous dire pourquoi vous avez opté pour une expérimentation ?
TATA SOMBA : Avant de déployer le programme à grande échelle, nous avons choisi de commencer par une expérimentation. Concrètement, cela signifie que nous lançons le dispositif sur un périmètre volontairement limité : trois bourses, un département, sur trois ans. L’objectif n’est pas de rester petit, mais d’apprendre. Nous voulons tester ce qui fonctionne, identifier ce qui doit être ajusté, et documenter rigoureusement les résultats avant d’étendre le programme à d’autres territoires. C’est une façon de nous donner les moyens de bien faire, plutôt que de faire beaucoup et trop vite.
BÉNIN ESPOIR : En quoi va donc consister ce programme de bourses ?
TATA SOMBA : Le programme de bourses de Tata Somba s’articule autour de deux bourses. La première, la Bourse des Amazones, est destinée aux jeunes filles âgées de 12 à 20 ans, titulaires du BEPC et issues de milieux socio-économiques moins favorisés, qui entrent au lycée. Elle comprend un prix d’excellence de 100 000 F CFA et une bourse pouvant atteindre 300 000 F CFA par an, renouvelable pendant trois ans, destinée au règlement des frais de scolarité.
La seconde bourse, la Bourse Iréti, s’adresse aux bacheliers et bachelières âgés de 15 à 20 ans souhaitant poursuivre des études supérieures. Elle comprend également un prix d’excellence de 100 000 F CFA et une bourse pouvant atteindre 500 000 F CFA par an pendant trois ans.
Mais ce qui distingue vraiment ces bourses d’une simple aide financière, c’est l’accompagnement qui va avec. Chaque boursier bénéficie d’un mentor attitré, bénévole et formé par l’Association, qui le suit tout au long de son parcours : une rencontre par mois minimum, un suivi de ses résultats chaque trimestre, et un soutien dans ses choix d’orientation. Les lycéens bénéficient en plus de séances de travaux dirigés organisées par l’association. Les étudiants, eux, sont accompagnés dans leurs premières démarches professionnelles : rédaction de CV, recherche de stage, préparation aux entretiens. L’idée, c’est de ne pas laisser un jeune seul face à des obstacles qui dépassent le simple coût financier des études.
BÉNIN ESPOIR : Comment les jeunes peuvent savoir qu’ils sont éligibles pour ces bourses ?
TATA SOMBA : Les candidatures sont examinées selon plusieurs critères. Pour la Bourse des Amazones, nous évaluons la situation socio-économique de la candidate, la validation de son parcours scolaire, ainsi que sa motivation et sa résilience. Pour la Bourse Iréti, nous vérifions l’obtention du baccalauréat, la cohérence du projet d’études supérieures et la justification des ressources financières familiales.
Nous donnons la priorité aux jeunes qui ont non seulement besoin d’un accompagnement financier, mais qui ont un projet, même imparfait, et l’envie de le construire.
BÉNIN ESPOIR : Qui sont vos donateurs et mécènes pour financer ce programme de bourses ?
TATA SOMBA : À ce stade, le programme fonctionne exclusivement sur les fonds propres de l’Association et les contributions de nos membres.
Nous accordons une importance à la transparence dans la gestion de ces fonds. Chaque contribution doit pouvoir être retracée. C’est cette rigueur qui, nous l’espérons, encouragera demain des partenaires et des mécènes à nous rejoindre. Nous invitons les entreprises, les mécènes et toutes les bonnes volontés disponibles, à raccrocher les wagons.
BÉNIN ESPOIR : Quels impacts pensez-vous avoir à travers ce programme de bourses ?
TATA SOMBA : C’est intéressant, nous avons choisi les noms des bourses en référence à la culture et à l’histoire béninoise. Les Amazones symbolisent entre autres la vaillance et l’émancipation féminine, et Iréti traduit l’espoir sous toutes ses formes. C’est là que se trouve l’impact que nous espérons avoir. Permettre à des jeunes de poursuivre leurs études et de construire leur avenir, en s’appuyant sur des compétences solides mais aussi sur la conviction que ces compétences auront une valeur réelle pour eux et pour leur entourage. Et si on y arrive, ça pourrait avoir des effets bien au-delà du boursier lui-même : sur une fratrie, sur une famille, peut-être sur toute une communauté. C’est d’ailleurs pour ça que nous avons choisi de commencer avec une expérimentation : pour apprendre avant de prétendre changer quoi que ce soit à grande échelle.
BÉNIN ESPOIR : Pour vous qui êtes les principaux dirigeants de l’Association, à titre personnel, que représente ce programme pour vous ?
Mickail Jr. Badarou : Pour moi, c’est l’aboutissement de ce qu’on portait depuis la création de Tata Somba en 2024. Nous avions l’ambition, mais il fallait construire, structurer, mobiliser. Voir les premières candidatures arriver, c’est la preuve que ce n’était pas que des intentions. C’est aussi un défi que nous nous lançons à nous-mêmes : démontrer que des citoyens de la diaspora peuvent mener des actions concrètes et rigoureuses au service de leur pays. Quand cette expérimentation aboutira, j’espère que cela donnera envie à d’autres de nous rejoindre.
Marjolaine Soglo : Ce qui m’anime, c’est de penser à ce qu’il y a derrière chaque dossier que nous allons recevoir. Une famille qui s’est mobilisée, des sacrifices consentis, un jeune qui a eu le courage de croire que ça valait la peine de candidater. Mon souhait, c’est que nous soyons à la hauteur de cela. Pas seulement verser une aide financière et passer à autre chose, mais vraiment connaître chaque bénéficiaire, comprendre son environnement et rester présents sur la durée.
Marc-Aurèle Laleye : À travers ce dispositif, nous souhaitons avant tout permettre à des jeunes de poursuivre leurs études et de développer pleinement leur potentiel. Mais nous espérons également un impact plus large sur leurs familles et leurs communautés. Lorsqu’un jeune réussit, c’est souvent toute une famille qui retrouve confiance dans l’éducation comme levier de mobilité sociale et de développement.
Propos recueillis par Mesmin Afanou
