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Église catholique Tout sur le nouveau pape (Le cardinal Robert Francis Prevost devient le nouveau pape, pape Léon XIV. Mieux connaitre  le nouveau pontife en six points )

Le conclave est terminé du coté de Vatican et l’église catholique a un nouveau pape : le cardinal Robert Francis Prevost et il adopte comme nom papal, pape XIV.

Il est né le 14 septembre 1955 à Chicago, a été élu au quatrième scrutin par le collège un peu après 18h dans la journée du jeudi 08 mai 2025. Il est le premier ape nord-américain.

Le cardinal américain Robert Francis Prevost a donc été élu pape ce 8 mai 2025 et prend le nom de Léon XIV, a annoncé le Vatican. À 69 ans, il devient le 267e souverain pontife de l’histoire et succède à François, décédé le 21 avril 2025.

C’est un homme de Dieu discret, presque timide, que les cardinaux viennent d’élire pape…Américain, né à Chicago, il a choisi le nom de Léon XIV, en référence au pape Léon XIII, mort en 1903, qui fut le pape du catholicisme social. C’est un religieux augustinien, disciple du grand Saint Augustin, animé par l’amour et l’humilité.

C’est un missionnaire qui a été longtemps au Pérou – il parle couramment l’espagnol -, pays qu’il a salué avec chaleur depuis la loggia de la basilique Saint-Pierre. C’était enfin l’un des hauts responsables de la curie romaine, en charge de la nomination des évêques du monde entier, qui a su se faire remarquer au Vatican par son sens de l’écoute, de la précision, de la bonne tenue de ses dossiers, par sa capacité à prendre des décisions.

Il a donné le ton lors de sa première intervention qu’il a conclu par un « Je vous salue Marie ». On retrouve en lui une filiation évidente avec le pape François et le catholicisme social, son insistance pour que l’Église catholique soit ouverte à tous. Il y a aussi du Benoît XVI en lui, dans l’intériorité et la densité spirituelle, dans cette façon qu’il a eue de mener la bénédiction, avec une sobriété liturgique et classique. Il y a enfin du Jean-Paul II dans cet homme qui insiste sur une Église missionnaire, qui regarde loin.

Ce premier pape américain est aussi le pape des Amériques et du monde entier désormais, d’où le pressant appel à la paix qu’il a formulé dans sa première intervention : « Moi aussi, je voudrais que ce salut de paix entre dans notre cœur, rejoigne vos familles. À toutes les personnes, où qu’elles soient, à tous les peuples, à toute la terre : la paix soit avec vous. C’est la paix du Christ ressuscité, une paix désarmée et une paix désarmante, humble et persévérante. Elle provient de Dieu, Dieu qui nous aime tous, inconditionnellement ».

« Nous devons chercher ensemble comment être une Église missionnaire, une Église qui construit des ponts a affirmé le tout nouveau pape »

Il a alors poursuivi : « Dieu nous aime, Dieu vous aime tous, et le mal ne l’emportera pas. Nous sommes tous dans les mains de Dieu. C’est pourquoi, sans peur, unis, main dans la main avec Dieu et entre nous, allons de l’avant. Nous sommes les disciples du Christ, le Christ nous précède. Le monde a besoin de sa lumière, l’humanité a besoin de lui comme pont pour pouvoir être rejointe par Dieu et par son amour ».

Et d’annoncer en quelque sorte son programme : « Je veux remercier aussi tous les confrères cardinaux qui m’ont choisi pour être successeur de Pierre et marcher avec vous comme Église unie, cherchant toujours la paix, la justice, cherchant toujours à travailler comme hommes et femmes fidèles à Jésus-Christ, sans peur, pour proclamer l’Évangile, pour être missionnaires ».

De préciser : « Nous devons chercher ensemble comment être une Église missionnaire, une Église qui construit des ponts, le dialogue, [une Église] toujours ouverte à recevoir, comme cette place aux bras ouverts à tous, tous ceux qui ont besoin de notre charité, de notre présence, du dialogue et de l’amour ». Enfin, il a ajouté : « nous voulons être une Église synodale, une Église qui marche, une Église qui cherche toujours la paix, qui cherche toujours la charité, qui cherche à être proche de ceux qui souffrent ».

L’Américain Robert Francis Prevost a mené une vie missionnaire audacieuse, d’abord comme prêtre au Pérou, dans les antiques terres incas, puis comme évêque dans ce pays d’Amérique du Sud couvrant une partie de la forêt amazonienne, grand comme deux fois la France. Il fit presque figure d’exception, car, au sein de l’épiscopat latino-américain, les ressortissants des États-Unis sont très rares.

Soucieux de renouveler l’épiscopat mondial dans une perspective missionnaire de proximité aux plus pauvres, le pape François l’appela à Rome en 2023 pour diriger le puissant dicastère chargé de sélectionner les évêques du monde. Créé cardinal cette année-là, ce religieux de l’ordre de Saint-Augustin – qui depuis sa fondation au XIIIe siècle se réfère à la règle du célèbre auteur des Confessions – a donc un parcours très atypique.

Issu d’une famille d’ascendance française, italienne et espagnole, il est né à Chicago le 14 septembre 1955, en la fête de la Sainte-Croix. Après sa formation en mathématiques et en philosophie à l’université de Villanova à Philadelphie, il entre en 1977 en noviciat chez les pères augustiniens, où il prononce ses vœux quatre ans plus tard, avant de recevoir l’ordination sacerdotale en 1982 à Rome.

C’est une figure considérée comme « progressiste » au sein de la curie romaine qui lui impose les mains pour lui conférer le sacrement de l’ordre : Mgr Jean Jadot (1909-2009), diplomate du Saint-Siège alors pro-président du secrétariat pour les non-chrétiens. Cet archevêque de nationalité belge avait été délégué apostolique aux États-Unis de 1973 à 1980, à une époque où la nonciature n’existait pas encore, en raison de l’absence de relations diplomatiques formelles entre Washington et le Saint-Siège.

Robert Francis Prevost obtient en 1987 un doctorat en droit canonique à l’Angelicum (Université pontificale Saint-Thomas d’Aquin) avec une thèse sur le rôle du prieur local de l’ordre de Saint-Augustin. Malgré l’engagement à préparer sa thèse, il désire faire une expérience missionnaire au Pérou en 1985, où il occupe la fonction de chancelier du diocèse de Chulucanas et de vicaire de la cathédrale.

Conquis par la chaleur communicative et le sens de la transcendance du peuple péruvien, il ne retourne que quelques mois dans son Illinois natal comme responsable de la pastorale des vocations et directeur des missions pour sa province, avant de repartir au Pérou en 1988 pour une dizaine d’années, au cours desquelles il a de nombreuses responsabilités dans l’archidiocèse de Trujillo, au bord de l’océan Pacifique.

Il y fonde une paroisse dont il est le premier curé, et est aussi prieur de sa communauté religieuse, juge ecclésiastique, directeur du séminaire augustinien, ainsi que préfet des études et recteur du séminaire diocésain, où il enseigne le droit canonique, la patristique et la morale. Élu provincial pour sa région d’origine couvrant le Midwest américain, il rentre à Chicago en 1999. Le père Prevost est ensuite élu prieur général de l’ordre de Saint-Augustin, une charge qu’il exerce durant deux mandats de six ans, de 2001 à 2013.

Après une année de transition comme directeur de la formation au couvent de Saint-Augustin à Chicago, premier conseiller et vicaire provincial, le pape François le renvoie au Pérou en novembre 2014, d’abord comme administrateur apostolique du diocèse de Chiclayo, puis comme évêque du même diocèse, un an après. Ce diocèse de 50 paroisses qui s’étend sur plus de 15.000 km2, situé au nord du Pérou, comptait 90 prêtres incardinés en 2022, pour une population totale de 1,3 million d’habitants, parmi lesquels 83 % de catholiques.

Mgr Prevost exerce en plus la charge d’administrateur apostolique du diocèse de Callao, le grand port sur le Pacifique, de 2020 à 2021. Au sein de la Conférence des évêques du Pérou, il est élu vice-président, devenant membre du conseil permanent de 2018 à 2023, et président de la commission pour l’éducation et la culture de 2019 à 2023.

Avec le président de la Conférence des évêques du Pérou, il joue un rôle important pour la stabilité institutionnelle durant les crises politiques successives qui mènent aux renversements des présidents Pedro Pablo Kuczynski en 2018, Martín Vizcarra et Manuel Merino en 2020, et Pedro Castillo en 2022. Ce qui laisse augurer des qualités certaines de médiateur chez le nouveau pape qui devra probablement s’affronter diplomatiquement au président Trump, en particulier au sujet du sort des migrants à la frontière mexicaine.

C’est en janvier 2018, au cours du voyage pontifical au Pérou, que François repère Mgr Prevost, reçu en audience privée en 2021. Il le nomme rapidement membre du dicastère pour le Clergé, en juillet 2019, et du dicastère pour les évêques en novembre 2020, avant de lui confier la direction du dicastère des évêques, instance stratégique, où il est chargé de sélectionner les premiers responsables des diocèses dans les pays depuis longtemps évangélisés, essentiellement situés dans l’hémisphère Nord.

Prenant la succession effective du cardinal Marc Ouellet le 12 avril 2023, de sensibilité plus traditionnelle, il devient le premier évêque missionnaire nommé à ce poste. Les terres de mission demeurent sous la juridiction du dicastère pour l’Évangélisation, l’ex-congrégation pour l’Évangélisation des peuples. Cependant, des évêques venus des pays de l’hémisphère Sud ont parfois occupé la charge de préfet du dicastère pour les évêques, tels que les cardinaux Bernardin Gantin, béninois, de 1984 à 1998 et Lucas Moreira Neves, brésilien, de 1998 à 2000. Durant ses premiers mois de mandat, le nouveau préfet, resté discret dans les médias, est apprécié pour sa qualité d’écoute et sa maîtrise des dossiers.

À peine élu, le nouveau pape doit faire face à une polémique : ses deux années à la tête de la province augustinienne Notre-Dame-du-Bon-Conseil (1999-2001) ont fait l’objet, vingt ans plus tard, de vives critiques de la presse américaine en raison de son attitude dans une affaire d’abus sexuels sur mineurs impliquant un membre de sa congrégation. En tant que provincial, en septembre 2000, Prevost avait en effet permis l’accueil d’un religieux condamné pour abus sexuels sur mineurs dans un prieuré augustinien situé près d’une école primaire. Avec le durcissement des règles établies par l’épiscopat américain, ce prêtre a été écarté de cette résidence, avant d’être « réduit à l’état laïc », selon l’expression consacrée, en 2012, après la découverte de nouvelles affaires le mettant en cause.

En tant que préfet du dicastère pour les évêques, le cardinal Prevost a eu ensuite pour mission d’appliquer les règles du motu proprio du pape François Vos estis lux mundi, qui peut amener à la démission d’évêques reconnus coupables de négligence, de couverture ou de mauvaise gestion de cas d’abus impliquant des prêtres situés sous leur juridiction.

Membre du synode sur la synodalité, ce grand chantier lancé en 2021 pour rendre l’Église plus inclusive et moins cléricale, le cardinal Prevost a été particulièrement impliqué dans les réflexions sur les nominations d’évêques et leur mode de gouvernance, déclarant que le processus de sélection devait être plus synodal, c’est-à-dire impliquer notamment des laïcs, ce qui était de toute façon déjà prévu dans le droit de l’Église mais pas toujours mis en pratique au niveau des nonciatures.

Lors de la deuxième phase du Synode sur la synodalité, en 2024, il a mis en valeur l’importance d’une formation commune pour les évêques des diocèses de l’hémisphère Nord et ceux des diocèses dits « de mission », invitant à mieux articuler le lien entre Rome et les Églises locales et à élargir la sélection des nouveaux évêques en consultant le peuple de Dieu. Dans un entretien aux médias du Vatican en 2023, il avait pour autant expliqué ne pas souhaiter que le choix des évêques soit le résultat d’un processus démocratique ou politique, défendant en cela la tradition de l’Église.

Dans le même registre, début 2024, il faisait partie des évêques de la curie qui ont bloqué le projet de « Conseil synodal » du synode allemand, cette structure voulue pour permettre à des représentants laïques désignés démocratiquement de participer pleinement à la gouvernance de l’Église catholique dans le pays.

Sur la question du rôle des femmes, le nouveau pape suivra la ligne de François, écartant la possibilité de femmes diacres, une décision qui selon lui risquerait de « cléricaliser » la femme dont la vocation dans l’Église n’est pas de l’ordre du ministère ordonné. Le cardinal Prevost a largement plaidé cependant pour donner davantage d’espace aux femmes, notamment à des postes de responsabilités. Son dicastère s’est d’ailleurs transformé dans ce sens puisque trois femmes y siègent. Son pontificat, fidèle aux avancées de celui qui l’a précédé, sera certainement plus serein, à l’image de la personnalité discrète et paisible du pape Léon XIV.

 

Six points à chaud pour comprendre le positionnement du nouveau pape, commencer à anticiper et comprendre son positionnement.

  • Qui est Robert Francis Prevost, le 267e successeur de Pierre ?

Né d’un père d’origine française et italienne et d’une mère d’origine espagnole, il étudie au petit séminaire des religieux de Saint-Augustin, ordre auquel il restera attaché, et dans lequel il entre le 1er septembre 1977, prononce ses vœux l’année suivante, le 2 septembre 1978, et fait sa profession solennelle le 29 août 1981. Simultanément, il obtient une licence en mathématiques à la prestigieuse université Villanova (1977), et une en théologie à Chicago.

Ordonné prêtre à Rome le 19 juin 1982 par l’archevêque belge Jean Jadot, président du Secrétariat pour les non-chrétiens, c’est à Rome également qu’il prépare une licence (1984) puis un doctorat en droit canonique — avec une thèse sur le rôle du prieur des Augustins—, chez les dominicains de l’Angelicum (1987).

Il devient alors missionnaire augustin au Pérou, une expérience qui le marque profondément, comme chancelier d’une prélature territoriale reculée, Chulucanas. En 1988-1989, il est professeur et formateur pour une communauté religieuse après être rentré aux États-Unis où il était en 1987-1988 promoteur des vocations et responsable des missions dans la province augustine de Chicago.

Mais il retourne au Pérou pour les dix années suivantes, où il est professeur de droit canonique et directeur du séminaire diocésain de Trujillo, tout en exerçant d’autres fonctions en paroisse et comme official diocésain (juge canonique au nom de l’évêque).

En 1998, il est élu supérieur provincial des Augustins du Midwest (province Notre-Dame du Bon Conseil), et rentre à Chicago pour exercer sa charge.

Le 14 septembre 2001, le chapitre général des Augustins l’élit prieur général, supérieur de leur ordre au niveau mondial, au cours d’une élection de 20 minutes — la plus rapide de leur histoire… Il reste à ce poste pendant deux mandats jusqu’en septembre 2013, puis devient brièvement directeur des études du prieuré Saint-Augustin de Chicago.

En novembre 2014, il est nommé par François administrateur apostolique du diocèse de Chiclayo au Pérou pendant sa vacance et évêque titulaire de Sufar (un siège diocésain de l’Antiquité en Afrique du Nord, disparu). Il reçoit la consécration épiscopale des mains de l’archevêque James Green, nonce au service du Saint-Siège. C’est finalement lui qui est choisi comme nouvel évêque en titre de Chiclayo en 2015. Il hérite d’un territoire plutôt prospère économiquement, situé sur la fameuse route Panaméricaine. Devenu un des vice-présidents de la Conférence épiscopale du Pérou (2018-2015), et administrateur apostolique du diocèse voisin de Callao pour 2020-2021, il reçoit des fonctions à la Curie romaine comme membre des Dicastères pour le Clergé (2019) et pour les Évêques (2020). En janvier 2023, à la surprise générale, François, à qui il a fait très bonne impression en audience privée, l’élève au rang d’archevêque à titre personnel, et surtout le nomme préfet du Dicastère pour les Évêques, succédant au très puissant et controversé cardinal canadien Marc Ouellet. Il a été le principal co-consécrateur, jusqu’à présent, de 4 évêques.

Cette nomination est d’autant plus inattendue que Robert Prevost, s’il a certes été supérieur général de son ordre, n’a jamais occupé un siège diocésain de grande importance. En juillet 2023, il est créé cardinal diacre (ordre réservé aux cardinaux de curie récemment nommés), très significativement avec une diaconie créée spécialement pour lui par François, du titre de Sainte-Monique, la mère d’Augustin le saint patron de son ordre, titre adossé sur une église du Borgo construite en 1941. Il est encore élevé au rang de cardinal-évêque du diocèse suburbicaire d’Albano en février 2025, rejoignant l’ordre le plus élevé des cardinaux après moins de deux ans de cardinalat. Le fait qu’il soit membre de 7 dicastères de la Curie (pour l’Évangélisation, pour la Doctrine de la Foi, pour les Eglises orientales, pour le Clergé, pour les Instituts de Vie consacrée, pour la Culture et l’Éducation, pour les Textes législatifs), comme de la Commission pour l’État du Vatican, montre assez la confiance que lui témoigne François.

  • Pourquoi est-il connu à l’intérieur de l’Église ?

Robert Prevost, après une première carrière très honorable au sein de l’ordre des Augustins, a connu encore une ascension fulgurante par la faveur du pape François, puis par l’élection de ses « frères cardinaux », comme il les a appelés dans son premier discours à la loggia de Saint-Pierre.

Il n’est pas difficile de deviner que le défunt pape appréciait en lui son expérience de pasteur de terrain dans les périphéries de l’Église, auprès de populations pauvres et isolées, de même que le réseau relationnel tissé aux États-Unis dans la mouvance de son ordre. Son sens de l’écoute, sa maîtrise des dossiers et sa capacité de synthèse sont hautement loués par ses interlocuteurs.

Seul son relatif manque de notoriété empêchait de le considérer dans la short list comme papabile ; en revanche, par ses fonctions à la tête du Dicastère chargé de sélectionner les évêques, qui faisait de lui le véritable DRH de l’Église universelle — il est aussi, ex officio, à la tête de la très stratégique commission pontificale pour l’Amérique latine — il figurait d’ores et déjà comme un grand électeur du conclave.

La suite du conclave a montré qu’il était en puissance bien plus que cela, et il a été appelé aux plus hautes fonctions de l’Église. Il a été élu le 8 mai au soir 267e pape de l’Église catholique à l’âge de 69 ans et 6 mois.

Il se définit lui-même comme un « fils de saint Augustin ».

  • Comment est-il positionné dans le collège cardinalice ?

Il s’agissait d’un papabile « tardif », qui montait en popularité, même si notre Observatoire le classait plutôt comme un « grand électeur », considérant qu’il était encore relativement peu connu au sein du Collège cardinalice.

Il s’agit également d’un cardinal central, à la faveur météoritique, qui était encore inconnu du pape François et de la Curie il y a dix ans. On peut le considérer comme un réformateur modéré qui ne s’est pas signalé par des prises de position progressistes, mais qui fait preuve d’une véritable préoccupation cruciale à l’égard des périphéries de l’Église.

Lors du synode sur la synodalité, il a pris position contre l’ordination des femmes comme diacres (ou diaconesses), au nom du fait que pour restituer du pouvoir aux femmes, il ne fallait pas les cléricaliser.

Quant à la déclaration Fiducia Supplicans qui ouvre la possibilité de bénir des couples de même sexe, il a déclaré qu’il fallait laisser une grande latitude aux Conférences épiscopales nationales. Il est résolument en faveur de la synodalité, tournant réformateur des structures ecclésiales dans le sens d’une plus grande participation du peuple de Dieu. Pour lui, la synodalité est le remède à la polarisation de l’Église. Il souhaite notamment y impliquer davantage les laïcs.

En revanche, il ne semble pas avoir pris de position publique quant à la messe traditionnelle en latin, on ne sait donc pas s’il souhaite l’autoriser plus largement, la restreindre, voire l’interdire. De même, on ignore s’il est en faveur d’une évolution de la discipline du célibat sacerdotal. Sur les grands évènements géopolitiques impliquant le Saint-Siège, comme l’accord secret sino-vatican de 2018, il est jusqu’à présent demeuré silencieux.

  • Que signifie ce nom ?

Le pape a choisi le nom de Léon XIV pour renouer avec le pape Léon XIII (1878-1903), pape de la doctrine sociale de l’Eglise et d’une relative ouverture au monde, tout en maintenant la rigueur de la théologie thomiste remise au goût du jour dans les études ecclésiastiques. Léon XIII, également grand pape diplomate, avait fait un geste inédit en invitant les catholiques français, majoritairement de tradition monarchiste, au ralliement à la IIIe République. En revanche, sur la question romaine, il était resté sur la ligne intransigeante de son prédécesseur Pie IX, refusant de reconnaître l’unité italienne autour de la Maison de Savoie.

Il s’agit d’un nom de pape très porté, derrière Jean (22 occurences), Benoît et Grégoire (16 chacune) et maintenant à égalité avec Clément (14), ce qui contribue à le réinscrire dans la tradition — par opposition à François.

Léon évoque également le grand pape de l’Antiquité Léon le Grand (440-461), docteur de l’Église, auteur de sermons spirituels souvent lus à l’office, pape de la résistance de Rome au Barbare Attila.

  • Qu’ont voulu dire les cardinaux en l’élisant ?

Sa rapidité, avec 4 tours de scrutin, soit sensiblement le même nombre que pour Benoît XVI, cette élection se situe dans la norme. Son âge — 69 ans — est relativement jeune pour un pape, mais il est tout à fait proche de la moyenne du Collège cardinalice (70 ans). Il est cardinal depuis moins de deux ans.

Tout comme les deux précédents conclaves de 2013 (François) et 2005 (Benoît XIV), le conclave qui a conduit à l’élection de Léon XIV a duré deux jours.

Élu à 69 ans, Léon XIV est plus jeune que ses deux prédécesseurs, François étant âgé de 76 ans lors de son élection et Benoît XIV de 78 ans. Il est cependant légèrement plus âgé que la moyenne des souverains pontifes des XXe et XIXe siècles (de Pie X à François), qui se trouve à 67 ans.

Né à Chicago, Léon XIV se trouve relativement loin du « centre » géographique du Collège cardinalice, un indicateur calculé à partir des lieux de naissance des cardinaux électeurs ayant participé au conclave.

De la même manière, le nouveau pape est également « périphérique » par rapport au « centre de gravité » du catholicisme, dont la localisation sur la carte ci-dessous correspond à un barycentre pondéré calculé en fonction de la répartition de la population catholique à travers le monde.

  • Comment pourrait-il se positionner vis-à-vis de l’option carolingienne ?

Dans une pièce de doctrine qui a fait le tour du monde — avec une partie du pic de visites localisée au Vatican dans les jours précédents le conclave — l’historien et subtil observateur de l’Église, Alberto Melloni a révélé l’ingérence de la Maison-Blanche dans l’élection du prochain souverain pontife.

« Cette option carolingienne pourrait se définir sous la forme d’un deal : la Maison-Blanche offrira au pontificat une protection — y compris contre ses propres attaques —, un droit de tribune et une amplification, trois choses que le pape François estimait sans intérêt, mais qui pourraient susciter quelque tentation au sein du Collège des cardinaux. »

Pour la première fois, l’improbable a eu lieu : l’élection d’un pape américain. Donald Trump vient d’ailleurs de le féliciter sur X, en ajoutant que c’était un grand honneur pour son pays, et soulignant le fait qu’il s’agit du premier pape issu des Etats-Unis d’Amérique.

Le premier pape né aux États-Unis a été salué par Donald Trump sur Truth social, avec une formule ambiguë. Le président américain considère : « an honor to realize that he is the first American Pope. What excitement, and what a Great Honor for our Country. I look forward to meeting Pope Leo XIV. It will be a very meaningful moment ! ».

Si ses positionnements passés sur l’environnement, sur les questions sociétales, sur la synodalité semblent divergents par rapport à la possibilité de ce deal, on rappelera que c’est un pape prénommé Léon, Léon III (795-816), d’ailleurs canonisé, qui a couronné empereur Charlemagne dans l’ancienne basilique Saint-Pierre le jour de Noël 800.

 

La première journée du pape Léon XIV, ce vendredi 9 mai ?

Le nouveau pape Léon XIV va vivre la première journée de son pontificat, vendredi 9 mai 2025, après son élection le jeudi 8.

Le nouveau pape Léon XIV va vivre la première journée de son pontificat, vendredi 9 mai 2025, après son élection le jeudi 8.

Élu jeudi 8 mai, le pape Léon XIV s’apprête à vivre la première journée de son pontificat, vendredi 9 mai 2025. Il devrait célébrer une messe, à 11 heures, dans la chapelle Sixtine. Mais elle pourrait aussi donner l’occasion de gestes plus personnels.

Quelques heures après son élection à la tête de l’Église catholique, Léon XIV s’apprête à vivre, vendredi 9 mai, la première journée de son pontificat. Si ce dernier n’est pas officiellement inauguré – il le sera à partir de la messe d’intronisation, dont la date n’est pas encore connue —, Léon XIV est déjà pleinement pape.

 

Nuit à la maison Sainte-Marthe

Après avoir passé la nuit à la maison Sainte-Marthe, où les cardinaux qui l’ont élu ont eu la possibilité de dîner avec lui, comme ce fut le cas par exemple avec Benoît XVI en 2005, ou avec François en 2013, l’ancien cardinal Robert Prevost célébrera la messe, à 11 heures, dans la chapelle Sixtine.

Cette célébration, qui n’est ouverte qu’aux cardinaux mais sera diffusée en direct, vient clore le conclave, ouvert le 7 mai. Cette première messe présidée en tant que pape donnera l’occasion au nouvel évêque de Rome de prononcer sa première homélie dans ses nouvelles fonctions. Il s’agira de sa première prise de parole après celle prononcée à la loggia de la basilique Saint-Pierre, une heure après son élection.

Une première homélie

Le nouveau pape y avait fait l’éloge de la « paix du Christ », « une paix désarmée et désarmante, humble et persévérante », qui « vient de Dieu ». « Dieu nous aime, Dieu vous aime tous, et le mal ne triomphera pas ! avait-il ajouté, sous les vivats des 100 000 personnes réunies sur la place et aux alentours. Nous sommes tous dans les mains de Dieu. »

Comme son discours à Saint-Pierre de Rome, les premiers mots de l’homélie, lors de la messe à la chapelle Sixtine, seront particulièrement guettés, ainsi que son style analysé.

Léon XIV, un nom qui s’inscrit dans les pas d’un pape marqué par la question sociale

La veille, dans la soirée, après être apparu à la loggia de Saint-Pierre, le nouveau pape s’est rendu au Palais du Saint-Office, qui abrite non seulement les bureaux du dicastère pour la doctrine de la foi, mais aussi un certain nombre d’appartements de responsables de la Curie romaine. C’est notamment le cas du pape, qui habitait jusqu’alors dans cet immeuble.

Sur des photos diffusées sur le réseau social X par la religieuse française Nathalie Becquart, sous-secrétaire du Synode, et qui réside également dans cet immeuble, on voit le nouveau pape poser avec de petits groupes. Une vidéo le montre également en train de les bénir.

 

Rencontre avec les journalistes

Les prochains jours offrent au nouveau pape une marge de manœuvre assez grande pour agir, puisqu’il n’a pas encore d’engagements officiels. Seul rendez-vous annoncé par le Vatican, outre la messe dans la chapelle Sixtine du vendredi 9 mai : le Regina Coeli, qu’il doit présider le dimanche 11 place Saint-Pierre, ainsi qu’une rencontre avec les journalistes, le lendemain. François, son prédécesseur, avait également participé à une telle rencontre, en 2013, quelques jours après son élection.

 

Mick de BADAR

(Sources : Internet)