L’urgence d’une intégration économique concrète est désormais au cœur des priorités continentales. À l’ouverture de la 18e réunion du Conseil des ministres chargés du Commerce de la Zone de libre-échange continentale africaine, qui s’est tenue mardi à Abuja, le gouvernement nigérian a formellement exhorté l’ensemble des pays africains à accélérer le déploiement de cet accord historique. L’objectif affiché est de stimuler sans plus attendre l’industrialisation, le commerce numérique et une prospérité partagée pour plus de 1,4 milliard d’Africains.
La ministre nigériane de l’Industrie, du Commerce et de l’Investissement, Jumoke Oduwole, a fermement martelé que l’Afrique devait impérativement franchir un cap en passant de la négociation d’accords théoriques à des actions directes et génératrices d’emplois, de commerce et de croissance économique. Selon elle, le renforcement des chaînes de valeur régionales s’impose comme une nécessité absolue pour accroître les échanges de biens produits localement, tout comme l’investissement massif dans les infrastructures publiques numériques, les systèmes de paiement interopérables et les flux de données transfrontaliers sécurisés. Plaidant pour un meilleur accès au financement en faveur des PME et des entreprises dirigées par des femmes et des jeunes, notamment via le Fonds d’ajustement de la ZLECAf, la ministre a également invité les États membres à adopter des instruments juridiques modernes, tels que la documentation électronique des marchandises, pour optimiser l’efficacité des procédures douanières.
Le Nigeria se positionne en exemple de ce dynamisme en ayant déjà opérationnalisé son Bureau national de coordination, élaboré sa stratégie nationale, et soumis son calendrier de concessions tarifaires ainsi que ses engagements spécifiques sur le commerce des services. En tant que cochampion du Protocole sur le commerce numérique de la ZLECAf, la première économie d’Afrique de l’Ouest multiplie les réformes réglementaires pour s’imposer comme un moteur de croissance collaborative. De son côté, le secrétaire général de la ZLECAf, Wamkele Mene, a confirmé que l’achèvement des négociations sur les instruments juridiques ouvrait désormais grand la voie à cette accélération opérationnelle sur le terrain. Les indicateurs sont d’ailleurs au vert avec plus de 10 000 certificats d’origine délivrés à la fin du mois de mars 2026, tandis que le commerce total de l’Afrique devrait croître d’environ 10 % cette année, propulsant le commerce intra-africain vers le seuil des 230 milliards de dollars. Pour pérenniser ces acquis, le secrétariat de l’organisation appelle désormais l’ensemble des États à ratifier les protocoles en suspens, à inscrire la ZLECAf dans leurs budgets nationaux et à garantir un financement prévisible, condition sine qua non à la transformation économique à long terme du continent.
Flora HOUNSOUNOU
