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Crise post-électorale: La résistance fait le point, situe les responsabilités et réclame justice

C’est au cours d’un point de presse animé ce mercredi 26 juin 2019 au siège national de la résistance que les membres de l’opposition se sont prononcés sur la séquestration de l’ancien président de la république pendant 50 jours, puis ont situé les responsabilités et réclame justice. Pour eux, la lutte doit continuer jusqu’à la satisfaction totale du retour des idéaux de la conférence nationale de février 1990.

Lire l’intégralité de la déclaration

POINT DE PRESSE DU COMITE NATIONAL DE LA RESISTANCE

Le Comité National de la Résistance s’est réuni en session ordinaire le mardi 25 juin 2019, à son siège national à Cotonou pour analyser la situation politique nationale et les récents événements survenus dans notre pays.

À l’issue des échanges, le comité national de la Résistance rend publique la déclaration qui s’articule autour des points ci-après:

1- A propos de la libération du domicile du président YAYI

Depuis l’historique conférence des forces vives de la nation de février 1990, le peuple béninois a décidé de tourner définitivement les pages sombres de son histoire et d’opter pour une démocratie multipartite intégrale qui lui a permis non seulement d’organiser une vie politique et institutionnelle paisible, de réussir plusieurs alternances politiques sans heurts mais aussi d’être appréciée de par le monde et d’être considéré comme un exemple.

Mais depuis l’avènement du régime du Président Patrice Talon, cette démocratie longtemps admirée est soumise à un démantèlement organisé pour laisser surgir une autocratie de type tyrannique. Le bourreau, imbu de son pouvoir absolu et sans limite, a commencé par embastiller sous ses seuls talons d’abord nos libertés d’opinion, nos libertés syndicales, ensuite l’appareil judiciaire, la quasi-totalité de la presse locale, et toute la machine de la puissance publique. Plus grave, l’ensemble des institutions de contre-pouvoir sont soumises, manipulées et privatisées. Face à un système ubuesque tyrannique et fortement corrompu qui se forge sous nos yeux, une seule issue reste encore au peuple pour s’affranchir: la Résistance.

Faut-il encore le rappeler, c’est pendant que la résistance, ses militants et personnalités y compris le Président Boni YAYI menaient la lutte pour la liberté et l’état de droit et surtout pour une élection législative inclusive, que le pouvoir du Président Patrice Talon a séquestré ce dernier dans les liens de son propre domicile pendant près de deux mois, en violation flagrante de notre droit positif, des valeurs et droits fondamentaux inaliénables à toute personne humaine. Le comité national de la Résistance félicite le président YAYI Boni pour le courage et l’abnégation dont il a fait preuve durant cette douloureuse épreuve. Il rend également un vibrant hommage à :

– tous les martyrs qui sont tombés à Cotonou, à Kandi, à Kilibo, à Tchaourou et à Savè sous les balles du tyran juste parce que réclamant un peu de liberté, de justice et de droit;
– tous les résistants qui ont accepté de se mettre au front, de consentir tous les sacrifices nécessaires pour la restauration de notre démocratie ;
– tous ceux qui ont dû abandonner famille et domicile et parfois pays;
– tous ceux qui sont privés de leur liberté ;
– tout le peuple béninois plus que jamais détermine à recouvrer sa dignité arrachée, sa démocratie embastillée, sa liberté confisquée et sa justice humiliée.

Tout en se félicitant de ce dénouement, la résistance rappelle à toutes les forces en lutte qu’au-delà de cette odieuse violation des droits de l’homme la seule et ultime gageure reste la lutte pour la restauration de la démocratie, la reconquête des libertés et l’état de droit.

2- En ce qui concerne l’escalade de violence perpétrée par les forces publiques de sécurité et de défense sur les paisibles populations

Le Comité national de la Résistance regrette que notre pays, jadis havre de paix, de concorde et d’unité nationale soit malheureusement en train de s’écarter des acquis de notre Conférence nationale. N’est-ce pas une offense à notre histoire démocratique et une faillite de notre capital politique commun que le Bénin qui a pu passer sans effusion de sang d’un régime militaro marxiste à une démocratie moderne, soit en train de sacrifier ses enfants, militaires, policiers et civils pour la satisfaction de l’égo et de l’orgueil d’un homme sous la couverture de réformes politiques hasardeuses et hypothétiques qui ne souscrivent qu’à un agenda occulte, le sien?

Déjà plusieurs dizaines de béninois tombés sous les balles de l’armée béninoise à Kilibo, à Cotonou et à Kandi et plusieurs dizaines d’autres du 10 au 15 juin à Tchaourou et Savè sans oublier plus d’une centaine de blessés graves sans que jamais le bilan officiel ne soit fait au peuple.

La Résistance constate qu’en omettant de faire un bilan officiel, en dissimulant les corps des victimes à la hâte, en cherchant à effacer les traces du massacre qu’il organise et en empêchant de fait les familles d’organiser des obsèques dignes aux disparus, le gouvernement donne ainsi la preuve de sa forfaiture et de son entêtement à crever le seuil de l’abime et de l’incurie. Face à une situation aussi grave, la Résistance rappelle qu’aucun crime de sang ne restera impuni. Elle s’emploiera à faire subir à tous les auteurs et instigateurs, aujourd’hui et demain la rigueur de la loi. Elle rappelle par la même occasion aux forces de sécurité, de défense et à la justice leur rôle constitutionnel de protection des citoyens, de l’intégrité du territoire, et de la régulation de notre vivre ensemble. Tout écart de cette mission ne sera que faute et compromission. La Résistance invite donc les forces de défenses, de sécurité et la justice à mieux s’investir dans l’accomplissement de leurs missions républicaines et à promouvoir les libertés individuelles et la paix.

PORT AUTONOME DE COTONOU

3 – Sur la responsabilité personnelle et tangible du Président Patrice TALON

La tragédie qui secoue actuellement l’histoire politique de notre pays interpelle chacun de ses filles et fils et plus gravement le Président Patrice Talon qui unilatéralement et sous une impulsion manifestement méphistophélique est sorti de notre commun agenda de février 1990. Dans l’élan de la furie du putsch ayant abouti à la confiscation du pouvoir législatif, le Président Patrice Talon a ordonné à l’armée de tuer à coups de canon des populations aux mains nues.

Une triste première dans l’histoire politique de notre pays qui ne restera pas impunie. Les manœuvres de diversion, comme on en voit, ne suffiront pas à couvrir ces crimes. En tant que commanditaire exclusif et incontestable, il est à la fois responsable et coupable des actes de barbarie qui ne cessent de contusionner douloureusement le cœur et l’âme de ce peuple profondément pacifiste.

Par ces faits et par sa marginale gouvernance, le président Talon a fossoyé l’entreprise démocratique de notre pays, ruiné l’environnement de l’unité nationale, corrompu notre vivre ensemble et hypothéqué les libertés individuelles et la paix chèrement acquises. Les conséquences induites par ces comportements sont si graves que les auteurs et leurs commanditaires ne peuvent pas ne pas être châtiés. Le grand porteur de chapeaux, comme il se réclame, doit savoir qu’il a des chapeaux qu’on ne portent pas impunément et que l’instrumentalisation de la justice, l’intimidation et la persécution judiciaire des figures de proue de la Résistance ne perdureront pas. La main mise organisée sur l’économie nationale et sur les unités de production ne sera pas éternelle. La soumission aveugle des forces de sécurité et de défense prendra fin et le peuple reprendra ses légitimes droits et exercera ses devoirs républicains.

4- A propos de la prétendue promesse de main tendue du Président Talon

A l’occasion de son discours du 20 mai 2019, le président Talon a évoqué “des échanges francs et directs” avec la classe politique. Depuis lors, une grande campagne médiatique est mise en branle par ses services de communication élevant ce vœu en une offre de dialogue, une grande faveur qui devrait être saisie. Le comité National de la Résistance en analysant le contenu du discours et l’environnement sociopolitique actuel remarque que, dans sa forme actuelle, le sujet évoqué par le président Talon qui ne présente pas le contenu, la forme, ni les conditions de sa mise en œuvre ne peut être considéré comme une offre de dialogue.

Mieux, peut-on vraiment trouver une sincérité dans le comportement d’un président de la République qui, dans une crise comme celle que nous connaissons aujourd’hui, annonce un projet de discussion avec la classe politique le 20 mai et multiplie les acharnements judiciaires, les intimidations, les arrestations, les violences et les enlèvements dès le lendemain, fait envaillir par l’armée le 10 juin 2019 les paisibles citoyens de Tchaourou et de Savè faisant de fait des dizaines de victimes? Aussi peut-on oublier que l’ancien président Thomas Boni Yayi après près de deux mois de séquestration arbitraire et sauvage n’a été finalement libéré que sous la pression de notre vaillant peuple et de la communauté internationale?

Le comité national de la Résistance tout en constatant que le pouvoir du Président Talon est en permanence dans la ruse et le dilatoire pour préserver son holdup, ne marchandera pas sa disponibilité pour une Assise Nationale dont le contenu, les conditions et les acteurs sont connus et acceptés de tous.

5 – De l’appel du Comité national de la Résistance

La Résistance salue l’abnégation, le sens de l’honneur et de sacrifices, la détermination et la bravoure des forces engagées sous sa bannière pour la restauration des acquis démocratiques en partant de la libération sans délai et sans condition du pouvoir législatif, de la libération des prisonniers politiques et du retour de tous les exilés. Elle exhorte les acteurs et toute la population à rester mobilisés pour l’intensification de la lutte.

A la communauté internationale, ainsi qu’aux partenaires et amis du Bénin, le comité national de la résistance tient à rappeler que notre pays est dans un vide juridique où il n’a plus d’Assemblée nationale compétente pour porter ou exprimer la volonté nationale du peuple souverain. En tout état de cause, il attire l’attention des institutions de finances, de développement et de coopération, sur le caractère foncièrement illégal et illégitime de cette institution que le président Talon a peuplé de ses employés, amis parents et obligés dont les actes ne sauraient engager le peuple en lutte.

Le comité national de résistance en appelle à la vigilance des institutions et organismes internationaux à ne pas succomber aux manœuvres dolosives et aux opérations de charme grossières et foncièrement hypocrites du pouvoir autocratique du président Talon.

Cotonou, le 26 juin 2019

Le Comité national de la Résistance

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