La tension politique vient de franchir un nouveau seuil à Dakar, où l’Assemblée nationale a frontalement opposé une fin de recevoir aux requêtes du pouvoir exécutif lors de l’examen de la proposition de loi organique n° 38/2026. Ce texte, porté par les députés, entend imposer un droit de regard et un contrôle parlementaire inédits sur l’affectation et l’usage des fonds spéciaux. Face à ce qu’il perçoit comme une intrusion dans ses prérogatives de souveraineté, le gouvernement a vivement réagi par l’intermédiaire du garde des Sceaux, Me Moussa Sarr.
En déposant une série d’amendements et en sollicitant formellement le mécanisme du vote bloqué, l’Exécutif espérait contraindre la représentation nationale à adopter une monture alignée sur ses exigences de confidentialité et de sécurité nationale. Les parlementaires ont toutefois choisi d’outrepasser les injonctions du pouvoir central. En rejetant la demande de vote bloqué avant d’adopter massivement le texte à 127 voix pour et 5 abstentions sur 132 votants, l’Hémicycle affirme avec force son autorité budgétaire et son exigence de reddition de comptes.
Cette bataille institutionnelle survient dans un climat macroéconomique particulièrement tendu. Les prévisions de croissance pour l’exercice en cours ont été révisées à la baisse pour s’établir à 2,7 %, imposant aux autorités des choix budgétaires drastiques. Le gouvernement tente de préserver les financements accordés aux grands investissements, comme les agropoles, tout en faisant face à l’urgence de régler ses créances croisées — notamment la lourde dette contractée auprès de la Senelec — et de rassurer ses créanciers extérieurs.
Au-delà du débat comptable, cette crise traduit un durcissement des rapports de force politiques entre la présidence de Bassirou Diomaye Faye et la majorité à l’Assemblée nationale. Face à des députés déterminés à restreindre l’opacité financière des institutions régaliennes, l’Exécutif alerte sur le risque de paralysie des fonctions essentielles de l’État, laissant présager un nouvel arbitrage devant le Conseil constitutionnel.
Flora HOUNSOUNOU
