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Bénin : Réactions de Valentin Djènontin et Léonce Houngbadji suite au discours de Patrice Talon

Le Président de la République s’est exprimé ce lundi 20 mai 2019, à 20 heures, heure de Cotonou, 21 heures, heure de Paris, dans une allocution télévisée d’une dizaine de minutes sur « le processus électoral».

Les événements de ces dernières semaines ont profondément troublé la Nation. Mais c’est aujourd’hui que Patrice Talon a choisi de s’adresser à ses compatriotes, après les violences électorales des 28 avril, 1er et 2 mai 2019.

Le président des « riches » est resté déconnecté, et ne modifie pas son cap. Il a parlé des violences électorales et même de l’enlèvement des touristes français sans jamais se remettre en question ! Son discours est une esbroufe, du saupoudrage ; on dirait même que c’est de la provocation. Il refuse d’admettre que c’est le modèle dont il est le champion qui est contesté et qui est à la base des nombreux morts, des blessés graves, des enlèvements, arrestations et emprisonnements enregistrés ces dernières semaines.

Patrice Talon a envoyé de la poudre de perlimpinpin aux Béninois et montre qu’il est toujours totalement déconnecté des souffrances du peuple, un président qui se trompe de pays et d’époque.

Les « mesures » annoncées pour tenter de régler cette grave crise politique qui déchire notre pays sont très loin de constituer un tournant dans la politique de ce gouvernement chauve-souris.

Patrice Talon n’a pas changé et ne changera pas. Il est resté méprisant. 20 jours après avoir ordonné à son armée de tirer à balles réelles sur des populations civiles à mains nues à Cadjèhoun, tuant une dizaine de personnes dont une femme, il présente ses condoléances aux familles éplorées. 20 jours après l’assassinat de son compatriote Fiacre par des terroristes au Nord du Bénin, il vient s’adresser à sa famille pour lui exprimer sa compassion.

Aucune pensée pour les civils blessés. Aucun mot pour les personnes injustement emprisonnées. Silence radio sur l’assignation à résidence du président Boni Yayi et les enlèvements d’opposants.

En France, on félicite les policiers qui refusent de tirer sur des manifestants mais au Bénin on félicite les forces de défense et de sécurité qui tirent à bout portant sur des populations non armées qui réclament la démocratie et l’Etat de droit.

Le chef de l’Etat aurait dû se taire. Il invite son parlement « personnel » composé de ses 83 employés à « démentir les suspicions légitimes ». « Mort de rire ». C’est comme si on demande à un enfant béninois de renier son propre père.

Après son forfait du 28 avril 2019, le président de la République appelle à la relecture de la charte des partis politiques et du code électoral. C’est de la ruse. A quoi servira aujourd’hui une telle relecture ? Avant sa parodie d’élections législatives, il avait une soixantaine de députés aux ordres. En ce moment, il refusait la relecture des lois drones qu’il a fait voter les yeux fermés par ses godillots. Ce n’est pas aujourd’hui où il a installé son parlement privé sous la menace des armes et le terrorisme des populations qu’il le ferait.

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A quoi servira aussi son appel pour des « échanges directs, francs et constructifs avec la classe politique » ? Depuis quand Patrice Talon a été « direct, franc et constructif » avec les Béninois ? Depuis quand il a commencé par respecter sa parole ? Cette promesse est une injure aux martyrs de Cadjèhoun, Savè, Kilibo, Tchaourou, Parakou et Kandi.

Qui a donné l’ordre de tirer à bout portant sur les Béninois ? Qui a donné l’ordre à l’armée ? Qui a donné l’ordre au sein de l’armée pour que les militaires tuent en masse leurs compatriotes ? Où se trouvent les corps des victimes ? Où sont cachés les dossiers médicaux des morts et des blessés ? Pourquoi la résidence du président Boni Yayi est toujours encerclée par l’armée et la police ? Les Béninois attendaient des réponses convaincantes à toutes ces interrogations majeures. Mais en vain.

Au lieu de dire clairement au peuple qu’il a compris son message du 28 avril 2019 avec plus de 90% d’abstention et en tirer les conséquences requises, Patrice Talon, fidèle à la tradition, a choisi de l’endormir pour tenter de fermer la parenthèse des législatives. Non. Cette parenthèse ne sera pas fermée aussi facilement.

Nous exigeons :

1- une enquête internationale indépendante sur les crimes contre l’humanité commis par l’armée et la police à Cotonou et à Kandi, les 1er et 2 mai 2019 (massacre des populations civiles à mains nues, suite aux tirs à balles réelles des forces de sécurité et de défense) ;

2- l’annulation de la parodie d’élections législatives organisée le 28 avril 2019 avec toutes les conséquences qui en découlent ;

3- l’annulation de toutes les lois liberticides et scélérates, notamment les lois électorales d’exclusion administrative et financière ;

4- l’audit international indépendant du fichier électoral national ;

5- la reprise des élections législatives pour le compte de la 8ème législature, dans les conditions démocratiques, dignes de confiance, inclusives, crédibles, transparentes et apaisées ;

6- la libération de tous les prisonniers politiques ;

7- la création des conditions favorables pour assurer le retour de tous les exilés politiques ;

8- la fin des persécutions, enlèvements, arrestations, emprisonnements et agressions physiques des opposants et activistes du web ;

9- la levée des mesures illégales de surveillance de la résidence de l’ancien Président de la République, Thomas Boni Yayi, qui l’empêchent de recevoir sa famille, son avocat, son médecin et ses partisans, depuis le 1er mai 2019.

Fait à Paris, le 20 mai 2019

• Valentin Djènontin-Agossou

• Léonce Houngbadji

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