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Bénin – Cérémonies funéraires : « Il vaut mieux investir pour le développement que de se ruiner pour les morts », Nazaire Sado (3/3)

Dans ce dernier papier de cette série d’articles que nous avons consacrée à ce sujet crucial de société, nous nous sommes entretenus avec le député Nazaire Sado, initiateur de la loi sur la réglementation des cérémonies funéraires en République du Bénin.

Entretien.

Josaphat : Pourquoi avoir proposé une loi portant réglementation des cérémonies funéraires en République du Bénin ?

Député Nazaire Sado : Merci monsieur le journaliste pour cet intérêt que vous portez à cette proposition de loi que nous avons initiée pour réglementer ce secteur qui ruine nos pauvres citoyens. Ma proposition s’est basée sur une ordonnance de 1967 qui interdisait déjà les cérémonies ruineuses en République du Bénin. L’organisation de ces cérémonies ruineuses est plus que d’actualité dans notre pays aujourd’hui. Il n’est pas raisonnable de se réfugier derrière les coutumes pour faire perpétrer cette pratique qui ruine la majorité de nos concitoyens surtout les pauvres et qui enrichit une minorité. Les pauvres s’appauvrissent davantage parce qu’ils sont obligés d’aller emprunter l’argent à des taux usuraires, de brader leurs biens ou d’utiliser leur capital de commerce pour pouvoir faire face aux dépenses funéraires. Cet état de chose fait qu’après les cérémonies, les organisateurs tombent en faillite et sont poursuivis par ceux qui leur ont prêté l’argent.

Prêter l’argent, certes, mais les enveloppes reçues comblent le gap. Ne le savez-vous pas ?

(Rire). Contrairement à ce que vous évoquez si fièrement et ce que les organisateurs aussi pensent, l’argent collecté à travers les enveloppes ou de dons reçus arrive rarement à couvrir les dépenses engagées pour l’organisation des funérailles. Et c’est à ce niveau précisément que se situe l’objectif de ma proposition.
Cet objectif est d’attirer l’attention de nos concitoyens sur les conséquences des cérémonies ruineuses sur la réduction de la pauvreté. Car tout se passe actuellement comme si c’est normal. Cette tendance lourde qui consiste à investir des millions pour enterrer nos morts au lieu d’investir pour soigner nos parents ou ceux qui nous sont chers pendant qu’ils sont malades ou pour payer l’éducation de nos enfants. Régulièrement, on apprend que les gens vendent des terrains pour pouvoir enterrer leurs morts mais presque jamais pour financer l’étude des enfants comme il le faut. Le législateur et représentant du peuple que je suis, je ne peux pas rester indifférent à ce genre de situation qui perdure dans le pays. Ce sont donc des raisons qui m’ont motivé à proposer cette lois qui pourra soulager, j’en suis presque certain, les peines de nos concitoyens.

Que dites-vous alors de cette cérémonie qui existait depuis le temps de nos ancêtres ?

Vous savez, jadis, quand quelqu’un décède, l’enterrement est fait dans les 3 jours qui suivent, maximum. Après, on fixe le temps des cérémonies festives et ce, dans 06 mois ou 12 mois. À noter que les cérémonies se déroulent souvent en saison sèche contrairement à ce qui se passe aujourd’hui où on organise les cérémonies festives en pleine saison pluvieuse. Dans ce cas, on fait appel à la «météo locale» pour empêcher la pluie. Dans le même temps, on a besoin de la pluie pour avoir une bonne récolte. Vous voyez le paradoxe dans ce cas.
Vous convenez avec moi qu’il n’est pas supportable de voir son parent enterré sans pouvoir le voir. Au même moment, il faut savoir que la mort ne prévient pas. C’est pourquoi, traditionnellement on dit qu’on cache le corps en attendant. Et c’est ce qui se faisait dans l’ancien temps. Quand on est à l’étranger, c’est très compliqué. En initiant cette proposition de loi, j’envisage, une fois la loi votée, soulager les frères qui sont à l’étranger car ils pourront faire tranquillement leur programme pour les cérémonies. Personne ne les condamnera du fait qu’ils ne seront pas présents à l’enterrement. Cette situation leur évitera des dépenses imprévues, sources de dettes.

Quelle est donc la différence avec ce qui se fait actuellement ?

EREVAN

Il y a une très grande différence monsieur le journaliste. Quand on programme les cérémonies, on a le temps de vendre son terrain sans le brader, on a le temps de faire une tontine et déployer tous les moyens nécessaires et tout ceci sans pression aucune. C’est toujours mieux. Il faut aussi dire que douze (12) mois n’est pas le maximum. On peut faire le programme sur le temps qu’on veut (même 5 ans). Car il n’y a plus rien qui presse. Le corps source de pression est déjà enterré et chacun, en toute tranquillité et lucidité, pourra faire ce qu’il doit faire pour les cérémonies festives.
En ce qui concerne la loi proposée, elle exige de séparer l’enterrement des cérémonies festives en ce sens que l’enterrement doit avoir lieu dans les 8 jours qui suivent le décès. La famille éplorée pourra faire son programme dans 6 ou 12 mois ou plus pour organiser les cérémonies festives avec l’alcool à volonté. Cette séparation entre l’enterrement et les cérémonies festives a pour avantages, d’éviter la pression qui fait qu’on brade ses biens ou qu’on emprunte à taux usuraire pour l’enterrement. Mais ce qui est clair et sur qui une importance particulière sera portée est qu’il n’y aura pas d’alcool. Ce dernier est strictement interdit lors de l’enterrement mais peut être utilisé lors des cérémonies festives qui suivront l’enterrement.

En résumé, que retenir de cette proposition de lois ?
Pour donc vous résumer ma proposition de loi, permettez-moi de la présenter en de grandes lignes qui constituent la charpente de la proposition. Les grands traits de la proposition sont les suivants :
– Concernant les décès, le montant total des dépenses en denrées, boissons et services de toute nature, effectuées tant par l’organisateur que par les participants ne peut être supérieur à cinq cent mille (500 000) francs CFA.
– Concernant les mariages, le montant total des dépenses en denrées, boissons et services de toute nature, effectuées tant par l’organisateur que par les participants ne peut être supérieur à six cent mille (600 000) francs CFA.
– Tout rassemblement ayant pour effet des réjouissances ou des manifestations fastueuses ou exhibitionnistes à cette occasion est interdit.
– Les décès et inhumations ne peuvent donner lieu à aucun rassemblement autre que ceux prescrits par les rites religieux ou coutumiers tendant à manifester l’affliction causée par la disparition du défunt.
– Toute conservation de corps avant son enterrement ne peut excéder 8 jours sauf dérogation spéciale accordée par une autorité compétente.
– La consommation de boissons alcoolisées au cours des rassemblements autorisés ou non autorisés est strictement interdite.
– Les personnes dont la présence n’est pas indispensable aux proches parents du défunt ne peuvent séjourner plus de vingt-quatre (24) heures consécutives après l’enterrement dans la maison mortuaire ou dans ses dépendances.
– Tout rassemblement à l’occasion d’un mariage doit, dans tous les cas, prendre fin au plus tard à vingt-trois (23) heures.

Y-a-t-il une particularité ou une précision à faire pour éviter tout amalgame à ce sujet ?

Oui justement. Il convient de faire ces quelques précisions importantes afin que les gens ne s’embrouillent et ne confondent ma proposition de loi. La présente proposition de loi ne concerne pas :
– les rites religieux et coutumiers. Ça veut dire que les messes, les cultes ou les prières de toutes sortes ne sont pas soumises à cette loi.
– Les cérémonies coutumières ou traditionnelles ne sont pas également soumises à cette loi;
– Cette loi n’interdit pas les anniversaires. Ça veut dire que si tu perds un parent, tu peux organiser un grand anniversaire après.

Un mot pour conclure

Tout le monde s’accorde aujourd’hui sur le fait que les cérémonies du genre ruinent les pauvres citoyens alors même qu’on ne cesse de crier la faim et la pauvreté dans le pays. Les maigres ressources que nous disposons, on les dilapide sous ce fallacieux prétexte pour un mort.
La proposition de loi va corriger assez de choses comme vous l’avez constaté et j’ose compter sur mes collègues parlementaires afin que cette proposition de loi soit examinée et votée pour le bonheur de tout le peuple.

source: bénin web tv

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