Onze (11) jours après l’investiture de Paul Biya pour un nouveau mandat, l’opposant camerounais Issa Tchiroma Bakary, qui se serait réfugié dans un pays voisin, a poursuivi la mise en place de sa structure parallèle, baptisée la « Présidence élue de la République », en désignant l’avocate Alice Nkom comme porte-parole officielle ce lundi 17 novembre 2025. Me Alice Nkom, éminente figure de la société civile et ardente défenseure des libertés fondamentales au Cameroun, est désormais habilitée, selon un « décret » consulté par l’APA, « à s’exprimer au nom du Président élu, à représenter ses positions dans les échanges institutionnels, diplomatiques et médiatiques ». Cette nomination vise à assurer une « communication claire, légitime et responsable » de la « Présidence élue » sur la scène nationale et internationale, comme le souligne le document. Cette initiative intervient dans un climat de profonde crise politique post-électorale. Le 6 novembre, Paul Biya, 92 ans et au pouvoir depuis 1982, a prêté serment à Yaoundé devant le Parlement réuni en congrès, après avoir été officiellement déclaré vainqueur de la présidentielle du 12 octobre. Les résultats proclamés par le Conseil constitutionnel le 27 octobre lui attribuaient 53,66 % des suffrages, contre 31,19 % pour M. Tchiroma Bakary, leader du Front pour le salut national du Cameroun (FSNC).
Contestant fermement ces chiffres, le chef du FSNC a déclaré qu’il existe désormais « deux présidents » pour le pays : « celui élu par le peuple camerounais que je suis, et celui nommé par le président du Conseil constitutionnel que vous connaissez ». Son « décret » de nomination fait d’ailleurs référence à « la volonté souveraine du peuple camerounais exprimée lors de l’élection présidentielle du 12 octobre 2025 » et dénonce une « prise d’otage institutionnelle empêchant l’expression pleine et libre de cette souveraineté ». Précédant cette désignation, Issa Tchiroma avait lancé un ultimatum de 48 heures au « régime Biya » le 9 novembre pour la libération de « tous les prisonniers arbitrairement arrêtés pour leurs opinions ou pour avoir soutenu la vérité », mettant en garde contre de graves « conséquences ». L’opposant, qui avait également appelé à une journée « ville morte », avait salué son succès dans un message vidéo diffusé le 5 novembre, affirmant que « près d’une centaine de nos enfants sont tombés sur le champ d’honneur ». Aucun bilan officiel de ces allégations de violences n’a été communiqué par les autorités camerounaises.
Flora HOUNSOUNOU
