L’ancien président de la Cour constitutionnelle, le professeur Théodore Holo, a livré une analyse critique sur le concept de « trêve politique », introduit par la révision constitutionnelle de 2025 au Bénin. Lors d’une conférence organisée par l’Institut des artisans de justice et de paix (IAJP), le constitutionnaliste a exprimé ses réserves sur cette notion qui, selon lui, pourrait être mal interprétée.

Instituée pour une durée de six ans entre deux cycles électoraux, la trêve politique oblige l’opposition à accompagner ses critiques de propositions alternatives. Si Théodore Holo comprend la volonté de permettre au gouvernement d’exécuter son programme sans entraves systématiques, il récuse le terme même de « trêve ». Pour lui, l’activité politique ne doit jamais être suspendue, car les partis ont pour mission constitutionnelle d’animer la vie publique et d’éclairer le corps électoral.

S’appuyant sur l’histoire politique du Bénin — notamment l’épisode des « mercredis rouges » sous l’ère Boni Yayi — le professeur a rappelé que la démocratie repose sur l’encadrement des manifestations et non sur leur interdiction. Il suggère de remplacer l’idée de « trêve » par celle d’une « animation responsable », où la critique sert d’alerte pour éviter que le pouvoir ne s’égare.

En convoquant l’image historique des « fous du roi », Théodore Holo a martelé que la parole critique est un instrument d’ajustement indispensable à l’action publique. Pour l’agrégé de droit, une démocratie vivante est celle qui sait concilier la légitimité de l’exécutif avec la nécessité d’un débat contradictoire permanent, garant de la transparence et du progrès social.

Marie Immaculée VODOUNSI